Costa-Gavras dézingue l’Union Européenne

Adults in the roomCinquante ans après son légendaire Z, Costa-Gavras n’a rien perdu de sa hargne. Cinéaste révolté, il dénonce encore une fois le piétinement de la démocratie. Mais cette fois, c’est l’Union Européenne qui est visée, avec la manière dont elle a étouffé le printemps grec de 2015.

Sur le papier, la crise de la dette grecque est un sujet technique, rébarbatif, tout sauf cinématographique. Et pourtant, de janvier à juillet 2015, cette histoire complexe est soudainement devenue limpide. Un gouvernement de gauche radicale a été élu pour mettre fin aux cures d’austérité drastiques imposées à la Grèce par ses créanciers européens. Pendant six mois, le Premier Ministre Alexis Tsipras et son ministre des Finances Yanis Varoufakis ont tenu tête. Ils ont résisté à la pression insensée de l’Europe, qui voulait leur faire signer un nouveau « plan d’aide », en fait destiné à garder le pays dans la spirale de la dette.

L’Eurogroupe, l’institution que ne rend pas de comptes

Pas très glamour ? Non, effectivement. Il n’y a pratiquement que des scènes de réunion à huis clos. Mais Yanis Varoufakis a raconté toute cette période charnière dans son livre Conversations entre adultes (Adults in the room en anglais). L’homme est professeur d’économie. Il a un bon sens de la pédagogie et explique clairement. Et le sujet était du pain béni pour Costa-Gavras. Car le coeur du récit, ce n’est pas la dette grecque. C’est le fonctionnement de l’Europe, et sa capacité à fouler aux pieds les principes démocratiques qu’elle est censée défendre. Tout se joue dans les réunions de l’Eurogroupe, où siègent les ministres des Finances des Etats membres. Une institution sans véritable cadre légal, qui ne rend de comptes à personne.

Le film raconte les multiples tentatives du ministre grec pour obtenir une restructuration de la dette, ses appels au respect de la dignité de son pays, royalement ignorés par ses homologues européens. A travers le personnage de Varoufakis, on retrouve l’esprit de résistance du cinéaste, sa révolte face à l’injustice. Des thèmes récurrents dans son oeuvre.

Un thriller mené tambour battant

Costa-Gavras évite avec aisance le piège de la dissertation financière. Il se concentre sur les rapports de force entre les hommes, sur la confrontation des caractères.  Du coup, il transforme son récit en un thriller qu’il mène tambour battant. Il a l’élégance, aussi, de faire jouer chaque personnage par un acteur de la nationalité correspondante. Le Grec Christos Loulis est parfait dans le rôle principal, celui de Yanis Varoufakis. L’expérimenté Ulrich Tukur, qui avait déjà tourné pour Costa-Gavras dans Amen, l’est tout autant en Wolfgang Schaüble, le ministre des Finances allemand. Et le Néerlandais Daan Schuurmans est aussi épatant de cynisme dans la peau de Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe. Le seul bémol, c’est Alexandros Bourdoumis, bien moins charismatique que le Premier Ministre grec Alexis Tsípras, qu’il incarne à l’écran. On pourra aussi regretter un dénouement trop elliptique, qui évacue la question cruciale du départ de Yanis Varoufakis du gouvernement.

A l’image d’Oliver Stone aux Etats-Unis ou de Ken Loach en Grande-Bretagne, Costa-Gavras reste un infatigable défenseur des droits de l’homme. Avec Adults in the Room, il démontre que son cinéma reste totalement d’actualité. Et une voix comme la sienne est plus salutaire que jamais, surtout à notre époque si marquée par la violence économique et les crises sociales.

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