Gros plan sur une scène culte

apocnow2Un escadron d’hélicoptères qui attaque un village vietnamien avec la Walkyrie de Richard Wagner à fond dans les hauts-parleurs : cette scène hyper spectaculaire est le moment emblématique de Apocalypse Now, le chef-d’oeuvre de Francis Ford Coppola sorti en 1979. Elle porte en elle tout le propos du film, mais aussi un soupçon d’ambiguïté.

Son premier effet est grisant. Des hélicoptères en vol, c’est toujours impressionnant. Tout un escadron, n’en parlons pas. Le chef de cette unité s’appelle le lieutenant-colonel Kilgore. Incarné par un Robert Duvall au meilleur de sa forme, il est un extraordinaire personnage de cinéma, avec sa dégaine (torse nu avec un chapeau mode guerre de Sécession) et ses répliques (il aime l’odeur du napalm le matin).

En regardant de plus près, il est vite évident que cette scène ne peut pas se lire au premier degré mais qu’en réalité, elle véhicule un point de vue très critique sur la guerre américaine au Vietnam. La fameuse unité d’hélicoptères est chargée de convoyer jusqu’à l’embouchure d’un fleuve un patrouilleur de l’US Navy, qui emmène le capitaine Willard (Martin Sheen) pour une mission secrète où il doit tuer le colonel Kurtz (Marlon Brando).

Etat de démence

Un simple convoyage, donc, qui impose que l’escadron de cavalerie aéroportée se rende maître du village pendant le temps nécessaire. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il y met les moyens. Attaque aérienne à grands coups de roquettes, mitraillage systématique de tout ce qui paraît constituer une menace… Les défenseurs armés du village sont vite réduits à l’impuissance, mais les habitants, eux, sont en première ligne et doivent trouver un goût amer à ce qui est censé être une guerre pour le monde libre.

Sur les plans de coupe, on voit le visage des soldats américains filmés dans un état de quasi démence. Et cette idée d’annoncer sa venue avec la Walkyrie de Wagner, c’est aussi une forme de démence et en même temps le summum de l’arrogance. Kilgore est un modèle d’officier pour l’état-major qui, pour le coup, n’est pas dérangé par ses méthodes expéditives. Dès lors, comme le dit Willard plus loin dans le scénario : « Je me demande ce que l’état-major reproche vraiment à Kurtz. Pas la folie et le meurtre car ça, il y en avait partout. »

Film antimilitariste

Grand moment sur la démence humaine, la scène des hélicoptères résume à elle seule tout le propos antimilitariste du film. Du point de vue de Coppola, la guerre du Vietnam est une odyssée sanglante d’une totale inutilité. Et le colonel Kurtz est l’expression extrême de cette dérive, un délire meurtrier clairement exprimé là où l’état-major américain n’assume pas ce qui relève pourtant du même délire.

S’il critique la guerre, Coppola appuie tout de même son propos… sur le spectacle fascinant qu’est la guerre. La scène des hélicoptères est celle qu’on a envie de mettre à pleins tubes sur son Home Cinéma. Le cinéaste s’est mis au bord de la ruine pour pouvoir terminer son film, il avait absolument besoin d’un succès commercial. Comme il l’a dit lors d’interviews, il a pensé le montage pour que Apocalypse Now soit bien perçu comme un film de guerre et d’action, alors qu’il avait déjà une portée philosophique, renforcée par la version longue « Redux » de 2001.

Ambigu ou pas, Apocalypse Now a largement contribué à rendre obsolètes les films de guerre traditionnels à la mode des années 50 à la fin des années 70. Et presque quarante ans après sa sortie, il garde toute sa puissance.

Apocalypse Now Redux : dimanche 17 septembre à 20.55 sur Arte

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