Le roi de l’île

KongEn attendant de savoir si Kong, Skull Island (en salles depuis le 8 mars) a un quelconque intérêt, on peut déjà se replonger dans deux des trois King Kong. La version de 2005 signée Peter Jackson est en effet rediffusée ce mardi 13 mars sur France 4. Celle réalisée en 1976 par John Guillermin, repassera sur Action le 17 mars. Evidemment, la référence indépassable reste le monument de 1933.

Le film de Merian C. Cooper et Ernest Schoedsack était non seulement un modèle de récit d’aventures, mais aussi dans l’utilisation des effets spéciaux en « stop-motion » (animation image par image). Il dégageait une vraie poésie et réécrivait à sa manière l’histoire de la Belle et la Bête. Aujourd’hui encore, le King Kong de 1933 est un des meilleurs films de genre jamais réalisés. A lui seul, il a suffi à faire rentrer dans l’histoire du cinéma Fay Wray, son actrice, même si elle a joué juste avant dans Les chasses du comte Zaroff, déjà sous la direction de Ernest B. Schoedsack.

Oeuvre fondatrice

King Kong, c’est un moment fondateur dans la cinéphilie du Néo-Zélandais Peter Jackson, une des raisons qu’il cite fréquemment pour expliquer son envie de devenir cinéaste. Avant même de réaliser la trilogie du Seigneur des anneaux, il voulait déjà signer son remake. Un projet auquel il a dû renoncer au milieu des années 90, avant d’y revenir à partir de 2003. 

Sorti en 2005, son King Kong est deux fois plus long que l’originel (3h au lieu de 1h30), mais n’en reste pas moins à la fois un film moderne et un très bel hommage. Le récit reste le même, mais Peter Jackson profite de la technologie pour se lâcher dans des scènes d’action à couper le souffle, comme cette haletante baston sur des lianes entre Kong et des T-Rex passablement énervés.

L’envie de se faire plaisir

A côté, le cinéaste se sert aussi de la technologie pour moderniser à bon escient le gorille lui-même. Le Kong que l’on voit dans son film existe grâce au procédé de la « performance capture », qui consiste à barder un comédien de capteurs (jusque sur son visage). Le personnage numérique ainsi élaboré a toutes les subtilités d’un vrai comédien. Pour une animation créée à 100% par ordinateur, les expressions sont plus limitées. C’est l’Anglais Andy Serkis, pionnier du procédé qui avait joué Gollum dans Le seigneur des anneaux, qui interprète Kong : son expertise fait merveille. Avec l’impeccable Naomi Watts, la romance fonctionne sans souci.

En fait, le King Kong de Peter Jackson respire une vraie passion du cinéma, et l’envie de se faire plaisir. Même si certains effets visuels (la fuite des héros pour éviter d’être piétinés par des dinosaures) ont vieilli, le film se regarde toujours avec un plaisir certain. 

A côté, la version de 1976 n’a pas autant de classe, sans être ratée pour autant. Plus impersonnelle que les deux autres, elle a tout de même comme mérite de rester le film qui a fait découvrir la superbe Jessica Lange. Et paradoxalement, le fait d’avoir déplacé la scène finale de l’Empire State Building aux tours du World Trade Center n’est pas si dérangeant. Dans cette version, Kong est animé par le biais de l’Animatronic : une vingtaine d’opérateurs le font bouger. Un procédé éprouvé, mais plus contraignant que la « stop-motion » de 1933 ou la « performance capture » de 2005.

King Kong : la version de 2005 mardi 13 mars à 23.00 sur France 4, la version de 1976 vendredi 17 mars à 9.25 sur Action.

Coups de feu

collateralLes scènes de fusillade, c’est une des signatures du surdoué Michael Mann. Celle de Collateral (2004) est d’autant plus impressionnante qu’elle se passe dans un espace clos (une boîte de nuit), au son d’une musique entêtante, dans la lumière bleutée si caractéristique du cinéaste. Tout le film est tourné en vidéo haute définition, ce qui donne aux ambiances nocturnes une tonalité bien particulière : on n’a pas l’habitude au cinéma d’évoluer dans des luminosités aussi faibles. Alors que l’action se passe au milieu d’une foule, les images restent d’une lisibilité extrême.

Naturellement, cette scène est l’écho de celle, tout aussi mémorable, de Heat (1995), tournée dans le centre-ville de Los Angeles. Et même si elles n’atteignent pas le même degré d’intensité, celles de Miami Vice (2006) et Hacker (2015) ont aussi une vraie pureté dans leur style. Les quatre films ont en commun d’être des thrillers, genre que le cinéaste américain ne cesse de dépoussiérer.  

Pour Michael Mann, les scènes de fusillade sont une parfaite occasion de démontrer (si besoin était) sa virtuosité. Mais il serait abusif de penser qu’elles ne sont là que pour ça, pour satisfaire un public en mal d’action. Car les films de Michael Mann sont avant tout des histoires d’hommes, d’affrontements entre des styles a priori incompatibles. Dans Collateral, c’est un tueur à gages du secteur privé (Tom Cruise) face au chauffeur de taxi (Jamie Foxx) qu’il oblige à le conduire pour exécuter cinq contrats. Chacun se jauge, lâche ses coups avec ce qu’il a. Il est donc logique que l’affrontement verbal (ou à distance, comme dans Heat) finisse par culminer dans quelque chose de beaucoup plus physique.

En fait, c’est comme si les thrillers de Michael Mann étaient des westerns urbains, modernes et destructeurs.

Collateral : samedi 11 mars à 22.40 sur OCS Choc

Une star à bord

MASTER &COMMANDER ¥ ONE SHEET COMP _  H.2 ¥ 6/04/03.psdSorti fin 2003, Master and commander : de l’autre côté du monde ne compte qu’une seule star de premier plan à son générique : Russell Crowe. Certes, deux autres de ses acteurs sont tout sauf des inconnus : Paul Bettany et Billy Boyd. Mais rien de comparable à la stature de celui qui s’était révélé dans le monde entier quatre ans plus tôt grâce à Gladiator. Ces choix de casting démontrent à quel point le réalisateur Peter Weir et son scénariste John Collee ont parfaitement compris l’histoire qu’ils avaient à raconter.

Adapté des romans de Patrick O’Brian, Master and commander raconte en effet l’odyssée du HMS Surprise, une frégate de la Royal Navy de 1805, qui a pour mission de traquer et neutraliser l’Achéron, un corsaire français. Russell Crowe incarne Jack Aubrey, le commandant du HMS Surprise. Or, à bord d’un navire militaire, et encore plus en temps de guerre, le commandant, c’est le dieu du bord. La voix suprême et incontestée de l’autorité, la référence pour chaque homme, matelot ou officier.

La star, donc, qui n’exprime jamais ses doutes devant ses hommes. Un statut clairement à part, que même le premier lieutenant (très bon James D’Arcy) ne peut pas égaler. Dès lors, un acteur comme Russell Crowe, qui surpasse autant tous ses partenaires en termes de célébrité et d’assise à Hollywood, était parfaitement en adéquation avec le personnage.

Le médecin, l’autre homme à part

Evidemment, il serait injuste de reléguer Paul Bettany à un statut d’anonyme. Le comédien britannique avait joué dans des films comme Kiss Kiss (Bang Bang), Chevalier ou encore Un homme d’exception. Et depuis, on l’a revu dans Da Vinci Code et Margin Call. Un acteur expérimenté, à la classe évidente, mais pas une tête d’affiche : la combinaison idéale pour jouer le médecin du bord, fidèle ami de Jack Aubrey. Le médecin est aussi un personnage au statut particulier, mais pas la star du bord comme peut l’être le commandant.

Quant à Billy Boyd, il était auréolé par le triomphe du Seigneur des anneaux (où il incarne le Hobbit Pippin) : Master and commander est sorti sur les écrans en même temps que Le retour du roi, le troisième volet de la trilogie de Peter Jackson. L’acteur écossais joue le barreur du HMS Surprise : un personnage évidemment indispensable à la bonne marche du navire, mais relativement peu présent dans le film.

Ce qui a séduit dans Master and commander, c’est la remarquable authenticité dont il fait preuve, dans ses personnages et sa reconstitution d’époque. Et le choix des acteurs est un excellent témoignage de cette réussite.

Master and commander : dimanche 12 février à 20.40 sur RTL9

La loi de la haine

dernier jourHabitué des sujets qui font mal, Amos Gitai n’allait pas se contenter d’une simple reconstitution historique. L’assassinat du Premier Ministre israélien, le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv, suffit pourtant pour fournir la matière à un palpitant thriller. Une mission dont le cinéaste de Kadosh, Kippour et Free Zone s’acquitte impeccablement. Mais il en profite surtout pour dresser un tableau terrible, totalement d’actualité : la mécanique de la haine qui a rendu ce meurtre possible.

La dramatique soirée du 4 novembre 1995, le cinéaste la filme dans un style plein de tension. Il l’entrecoupe avec de longues séquences de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le crime. Plus exactement, sur les défaillances opérationnelles. L’emploi même de ces termes dans le scénario est déjà accablant pour l’enquête officielle : elle ne s’est intéressée qu’à des aspects purement techniques, et surtout pas au contexte politique qui a permis un tel acte.

Des prêches d’une violence inouïe

Sur cette base narrative, Amos Gitai ajoute d’autres scènes montrant des prêches d’une violence inouïe dans certaines synagogues, et une séquence qui laisse pantois :  une psycho-clinicienne y analyse le plus calmement du monde le cas d’Yitzhak Rabin comme étant celui d’un homme schizoïde et déficient mental. Mais le plus impressionnant, ce sont les authentiques images d’archives, celles des manifestations tenues à l’époque contre le processus de paix, assimilant le Premier Ministre israélien à un officier SS. Des éléments  montés avec une telle fluidité dans le film qu’on est tenté d’oublier qu’ils sont documentaires. 

Dans ces images, on redécouvre Benyamin Netanyahu, l’actuel Premier Ministre israélien, que la veuve de Rabin avait directement mis en cause juste après la mort de son mari, comme étant un des artisans de ce climat de haine. Et on ne peut s’empêcher d’être troublé par le fait que cette mécanique existe toujours, et qu’elle est même plus vivace que jamais. 

Avec ce film, Amos Gitai met son pays face à ses responsabilités. Dans une interview à Télérama, il avait dit : « Le seul homme politique qui pose une alternative à Netanyahu est un homme mort : c’est Yitzhak Rabin. » Dire que ce constat est effrayant est un euphémisme. Mais le pire, c’est que le film est sorti en Israël dans une indifférence quasi complète.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : sur Canal+ à 1.35 dans la nuit du jeudi 2 an vendredi 3 février 

Splendide, mais inabouti

assassins-creed-film-michael-fassbender-affiche- Adapter un jeu vidéo au cinéma, c’est un exercice périlleux où les réussites sont rares. Pour Assassin’s Creed, c’est l’éditeur Ubisoft lui-même qui s’est chargé de la mission, via une filiale spécialement créé pour ça. Le film raconte comment un condamné à mort se voit offrir une seconde chance par une grosse société. En échange, elle exige de lui qu’il aille récupérer un objet sacré dans l’Espagne de 1492, grâce à l’Animus, une sorte de système de réalité virtuelle qui permet de se mettre dans la peau d’un de ses ancêtres.

Le film captive d’emblée par sa reconstitution d’époque et son ambiance mystérieuse. Les décors sont soignés, les plans sont beaux, on y croit. Son deuxième atout, c’est Michael Fassbender, qui démontre avec une tranquillité fascinante l’étendue de sa classe. L’acteur éclipse sans problème une Marion Cotillard sous-exploitée. Et si on apprécie toujours de revoir Jeremy Irons, le Français Denis Ménochet sait se montrer imposant.  

Malgré toutes ses qualités, Assassin’s Creed laisse un goût d’inachevé. Les effets spéciaux sont ratés dans les scènes l’on voit Michael Fassbender à la fois dans le présent (installé sur l’Animus) et en 1492. Et ça a pour effet malvenu de redonner au film un goût de jeu vidéo. Par ailleurs, si l’univers dévoilé est fascinant, le scénario se contente de l’effleurer. On voudrait en savoir plus sur ces guerres secrètes entre confréries. Mais le film est guidé avant tout par ses scènes de baston, le reste servant d’habillage. Un habillage riche et beau mais là encore, on sort du cinéma pour revenir dans le jeu vidéo.     

Assassin’s Creed, c’est donc un projet qui n’est pas allé jusqu’au bout : celui de s’approprier un univers pour le réécrire dans un langage différent. Mais il est quand même suffisamment bien mené pour qu’on ne s’y ennuie jamais.  

Assassin’s Creed : en salles le 21 décembre

Des deux côtés de la Force

Star WarsDifficile de parler de Star Wars sans que ça devienne passionnel. A titre personnel, je suis un fan de longue date, même si je considère qu’à l’exception de L’Empire contre-attaque, ces films n’ont rien d’exceptionnel sur un plan purement cinématographique. Toujours est-il que la sortie en salles de Rogue One : A Star Wars Story, le premier spin off de la saga, et la diffusion des sept films sur les chaînes Canal+ sont une excellente occasion de tenter (succinctement) de faire preuve d’un peu de recul. Revue de détail, dans l’ordre du récit.

Star Wars : La menace fantôme (1999)

C’est clairement le film le plus faible et ses défauts évidents ont fait couler beaucoup d’encre. Jar Jar Binks en tête, le comparse comique conçu pour plaire aux enfants, et qui a surtout pour effet d’infantiliser le film et d’énerver (presque) tout le monde. Ensuite, les autres personnages, bien trop sommaires, au point que les comédiens ont l’air de s’ennuyer. Visiblement, Liam Neeson n’a pris plaisir que dans les duels au sabre-laser. Deux exceptions à ce constat : Natalie Portman, encore très jeune mais consciencieuse et irréprochable. Et Ian McDiarmid, parfait de suavité politicienne. Autre faiblesse : les effets numériques, aujourd’hui dépassés, et au rendu assez impersonnel.

Le film est-il bon à jeter pour autant ? Quand même pas. Car l’univers proposé reste foisonnant. Les duels au sabre-laser sont splendides, tout comme la musique de John Williams. Et si les personnages manquent d’épaisseur, le scénario aborde tout de même des pistes intéressantes : les failles de la République et surtout l’incapacité des Jedi à se remettre en question, ce qui préfigure leur perte. 

Star Wars : l’attaque des clones (2002)

Un mieux certain. L’ambiance de complot politique ne manque pas d’intérêt : on se croirait presque dans la Rome antique. Encore une fois, Ian McDiarmid est génial, tout en fausse compassion, dans son art de manipuler sous un masque d’affabilité. Désormais dans un registre plus adulte, Natalie Portman convainc dans la peau d’une sénatrice combative. Les Jedi sont moins impersonnels. Beaucoup critiqué, Hayden Christensen n’est ni transparent, ni renversant : il s’en tire correctement, point. Le gros apport du film, c’est Christopher Lee, dont la légendaire stature joue pleinement. Côté action, les scènes spectaculaires ne manquent pas. Et pour les effets numériques, ILM a fait un superbe travail avec les décors urbains de Coruscant et l’usine de droïdes de Geonosis.

Après, pourquoi la satisfaction n’est pas totale ? D’abord parce que l’histoire d’amour entre Padmé et Anakin est écrite dans un style Petite maison dans la Prairie qui fait sourire. Ensuite,  parce que certains effets numériques sont ratés (la mer sur Kamino, le ciel de Geonosis). Enfin, parce que la grande bataille avec deux cents Jedi est décevante (… ils se font descendre comme des mouches).

Star Wars : la revanche des Sith (2005)

Avec son beau plan-séquence d’ouverture et les 20 minutes non-stop d’action intense qui suivent, ça démarre fort. Ensuite, l’ambiance de pays en guerre captive. La fin de la République et la destruction de l’ordre Jedi ont une résonance douloureuse : George Lucas a bien retenu les exemples historiques qui l’ont inspiré, et s’il n’a rien de nouveau, le propos trouve toujours un écho une décennie plus tard. Dès lors, le pacte faustien d’Anakin Skywalker fascine, encore une fois grâce au mensonge séducteur de Palpatine

Dommage, malgré tout, que les Jedi meurent de manière ridiculement facile, sauf Mace Windu, grâce à la demande de Samuel L. Jackson d’avoir un fin plus spectaculaire. 

Star Wars : un nouvel espoir (1977)

Les défauts de George Lucas réalisateur n’étaient-ils pas les mêmes sur la « prélogie » de 1999-2005 que sur ce film originel ? Notamment au début, où les déboires de C3PO et R2D2 dans le désert traînent en longueur. Il n’empêche, cet Episode IV a quand même toutes les clés pour comprendre le succès de Star Wars : son inspiration mythologique (Le héros aux mille visages de Joseph Campbell), ses personnages charismatiques (Han Solo surtout), ses répliques et un spectacle visuel qui tient toujours la route presque quarante ans plus tard. 

Star Wars : l’Empire contre-attaque (1980)

Le film qui a fait de Star Wars un mythe culturel. Le mieux écrit, le mieux réalisé, ce qui a mis en relief un paradoxe : George Lucas est un remarquable concepteur d’univers, mais il n’est pas le meilleur pour concrétiser ses propres idées. Ici, c’étaient le producteur Gary Kurtz et le réalisateur Irvin Kershner. Cet Episode V, en tout cas, est une réussite totale : les rebondissements du scénario (toujours ancré dans la mythologie), les multiples scènes cultes, l’extraordinaire duel au sabre-laser entre Dark Vador et son fils, l’inoubliable Marche Impériale de John Williams…

Star Wars : le Retour du Jedi (1983)

George Lucas a renvoyé son producteur Gary Kurtz et ça se sent : les Ewoks sont des gentilles peluches, mais qui font quand même un peu tache.  Même les Jawas de l’Episode IV avaient l’air plus sérieux. La saga s’éloigne de ses inspirations mythologiques pour aller sur le terrain de la quête du père et de la rédemption. Et c’est là que se situe l’intérêt essentiel du film : la confrontation entre Luke Skywalker, Dark Vador et l’Empereur. Soit dit en passant, remplacer le visage de Sebastian Shaw (qui joue Anakin âgé) par celui de Hayden Christensen dans la version remasterisée est non seulement irrespectueux, mais surtout un contresens sur le personnage. Si Luke a ramené son père du bon côté de la Force, cela ne veut pas dire que Dark Vador n’a jamais existé. C’est ça la rédemption : racheter son passé, pas l’effacer des tablettes.

Star Wars : le Réveil de la Force (2015)

On peut légitimement critiquer le manque d’inventivité du scénario, complètement calqué sur celui de l’Episode IV. Cela étant, la saga a tout de même évolué : Han Solo, Leia et Luke étant désormais âgés, ils se retrouvent face à une nouvelle génération qu’ils ne peuvent pas contrôler. Et c’est là où le film est intéressant : le portrait d’une famille qui n’a pas pu éviter les déchirements. Comme si les Skywalker portaient en eux-mêmes leur propre malédiction. Le Réveil de la Force est le premier Star Wars de l’ère Disney. Logiquement, il fallait s’attendre à ce qu’il tue le père : George Lucas bien sûr, mais pas seulement. Choquant ? Un héros doit-il mourir ? Un père peut-il éviter d’être dépassé et supplanté ?

Rogue One : A Star Wars Story (2016)

Le premier spin off, complètement assumé. D’abord par son changement de style, plus réaliste, façon film de guerre. Ensuite, par son histoire, celle de la mission impossible du commando chargé de dérober les plans de l’Etoile Noire. On quitte les princesses et les chevaliers, mais ça n’empêche pas le film d’établir des ponts avec le tournant que reste l’Episode IV.

Saga Star Wars : actuellement sur les chaînes Canal+  

Largo largué

largo winch 2 bisQu’est-ce qui fait de Largo Winch un personnage à suspense ? Que faut-il garder de lui pour que son adaptation au cinéma soit une réussite ? Le héros des BD de Jean Van Hamme et Philippe Francq, c’est un jeune homme sorti de nulle part qui se retrouve à 26 ans à la tête d’un empire de 10 milliards de dollars. Le premier enjeu est là : réussir à s’imposer face à toute une escouade de PDG qui ont chacun leurs agendas et leurs ambitions. Le second, c’est de découvrir que la violence des conseils d’administration n’a rien à envier à celle de la rue ou des prisons. 

Avec vingt albums parus à ce jour, la série des Largo Winch décrit l’insatiable appétit d’argent des puissants, l’ampleur des crimes commis au nom de ce même argent ou du pouvoir qui va avec, l’extrême difficulté à préserver des liens d’amitié et le perpétuel cycle de violence auquel il est impossible d’échapper quand on est la tête d’une pareille fortune. Tout l’intérêt du personnage est là, dans son effort pour préserver des valeurs humaines tout en étant contraint de livrer une guerre impitoyable. 

Scénarios superficiels

Sortis en 2008 et 2011, Largo Winch et Largo Winch II sont de franches déceptions, qui évacuent largement ces enjeux dramatiques. Certes, la trame du premier film est assez proche de celle du deuxième album, Le groupe W. Mais le scénario beaucoup trop superficiel ne ressemble finalement qu’à un prétexte pour des scènes d’actions de bonne facture. Tout le mécanisme de la trahison, du PDG qui joue son propre intérêt tout en affichant le masque de la respectabilité, des jeux de pouvoir autour de la table du conseil d’administration… tout cela disparaît. Quel dommage d’avoir donné un rôle aussi caricatural à une actrice de la classe de Kristin Scott Thomas, d’avoir réduit à pas grand-chose les autres PDG du groupe W et créé de toutes pièces un milliardaire russe juste bon à faire office de cliché.

Dans Largo Winch 2, c’est pas mieux : le rôle de Sharon Stone est aux limites du ridicule, Ulrich Tukur est une simple utilité (alors que dans les BD, son personnage de Dwight Cochrane a une place essentielle). Et surtout, le scénario commet un énorme contresens en montrant Largo Winch désireux de vendre son groupe. Car si, dans les BD, il ne comprend que petit à petit à quel point il a mis le pied dans la fosse aux serpents, il accepte le défi et ne renonce jamais à se battre.

Pas à la hauteur de leur sujet, les deux films ont tout de même un atout : Tomer Sisley. Parce qu’il n’est pas attendu dans un rôle comme ça, l’humoriste est parfaitement en phase avec le personnage : il doit démontrer sa légitimité. Et il joue le rôle avec une certaine aisance, ce qu’il faut de magnétisme. Mais à lui seul, il ne peut pas compenser le gâchis des scénarios. 

Largo Winch II : jeudi 8 décembre à 20.55 sur TMC

 

Humain avant tout

GravityNon, Gravity n’est pas seulement une démonstration de virtuosité. Bien sûr, le film a marqué pour son incroyable plan-séquence d’ouverture de 17 minutes, sa magistrale utilisation de la 3D, ses effets numériques si réussis qu’ils en deviennent invisibles. Il raconte comment une scientifique (Sandra Bullock) qui participe à une expédition spatiale se retrouve livrée à elle-même, à la dérive, suite à la destruction de la navette de la NASA par des météorites. 

Dès lors, il est vite tentant de réduire l’intérêt du film à ses prouesses techniques, surtout à notre époque où les blockbusters misent beaucoup sur leurs effets spéciaux et l’action, sans nécessairement faire de leurs personnages une priorité.

Mais ce serait oublier que le Mexicain Alfonso Cuaron (Y Tu Mama Tambien, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban) fait partie de ces cinéastes qui savent donner un sens à leur mise en scène. Avant même d’être un voyage dans l’espace, Gravity est un film de survie et surtout un portrait de femme. Chaque idée de mise en scène n’a de sens que parce qu’elle exprime quelque chose sur le personnage.

Réparer les fêlures

Ainsi, le plan-séquence d’ouverture ne sert pas qu’à traduire les sensations d’apesanteur, mais exprime aussi la déstabilisation psychologique qui en résulte. Les plans en caméra subjective, filmés depuis l’intérieur du casque, sont le reflet de l’état d’esprit intime d’une femme enfermée dans son scaphandre comme dans ses traumatismes. Le commandant de la mission (George Clooney), seul autre survivant, n’est qu’une voix dans ses écouteurs : une manière pertinente de montrer qu’il est un fil ténu, une bouée de sauvetage.

Récit très humain raconté avec simplicité, Gravity a offert à Sandra Bullock son plus beau rôle. Ce qui touche le plus dans ce chef-d’œuvre, c’est le fait que la femme qu’elle interprète ait pu réparer ses fêlures dans l’immensité de l’espace. 

Gravity : dimanche 4 décembre à 20.55 sur TF1

Miroir transparent

Belle bête Il fut un temps où Disney cherchait à capitaliser sur ses succès en pondant des suites, comme celles de Peter Pan, Pocahontas ou encore du Bossu de Notre-Dame. Des films sans grand intérêt, parfois directement sortis en vidéo. Mais depuis le succès du Alice au pays des merveilles de Tim Burton en 2010, le studio a décidé de se lancer dans un nouveau filon : refaire des classiques animés dans des versions « en dur », avec des acteurs de chair et d’os. A ce jour, on a donc eu droit à Alice au pays des merveilles, Maléfique (2014), à Cendrillon de Kenneth Branagh (2015), ainsi qu’à Peter et Elliott le dragon et Le livre de la jungle, tous deux sortis en 2016.

Si on peut apprécier le film de Tim Burton pour son imaginaire bien rempli, ses couleurs, la qualité de son casting et son brin de fantaisie, la réussite de Maléfique est, en revanche, plus discutable. L’interprétation d’Angelina Jolie est subtile, mais le scénario comme la réalisation enlèvent au personnage toute son aura mystérieuse. Et c’est encore pire avec Cendrillon : non seulement l’ambiance n’a rien de féerique, mais le scénario aussi bavard qu’inutilement démonstratif évacue aussi toute la subtilité du film de 1950. Là où, d’un simple plan sur le regard de la belle-mère, on comprenait qu’elle avait deviné qui est la mystérieuse invitée vedette du bal, Kenneth Branagh inflige de longs dialogues plombants, où la même belle-mère se lance dans une psychologie de supermarché sur son passé. Et le comble, c’est que l’immense actrice qu’est Cate Blanchett se retrouve cantonnée à un jeu caricatural.

Désir de fidélité

Les trois films ayant bien marché en box-office, la liste de ces remakes n’est pas prêt de s’arrêter. Dumbo, Aladdin et Winnie l’ourson ont été annoncés. Et le 22 mars 2017, c’est la nouvelle version de La Belle et la Bête que l’on pourra découvrir. Le film est signé Bill Condon, à qui l’on doit Dr Kinsey, deux Twilight, Le cinquième pouvoir et Mr Holmes. A la vision de la bande-annonce, on sent un désir de fidélité au dessin animé de 1991, à son esthétique comme à ses personnages. Mais la modernisation de la technologie ne fait pas tout : elle ne remplace pas un vrai point de vue de réalisateur. On ne sait donc pas si on aura affaire à une vraie relecture, ou à un simple copié-collé platement illustratif.

La présence de grands noms (Ian McKellen, Emma Thompson, Ewan McGregor) pour faire les voix de personnages numériques n’est pas non plus un gage suffisant. Après, le film a tout de même un argument qui compte : Emma Watson, qui résonne comme une évidence dans le rôle de Belle. Interprète d’Hermione Granger dans les Harry Potter, elle a su construire avec talent la suite de sa carrière. A elle seule, elle peut faire la différence. Mais s’il pouvait y avoir un vrai projet cinématographique derrière le film, ce serait mieux.

 

Science-fiction anticapitaliste

Alien équipage Et si la saga Alien était une cousine éloignée du cinéma de Ken Loach ? Une oeuvre de SF en colère, qui dénonce le mépris voué à l’être humain, simple outil pour des intérêts financiers supérieurs. Dès le premier film, réalisé en 1979 par Ridley Scott, le décor est planté. C’est une firme toute-puissante, la Weyland-Yutani, qui régit les conditions de vie de tous les travailleurs de l’espace. Le scénario n’évoque jamais une autorité politique : le seul pouvoir qui compte est celui de cet employeur auquel il n’est pas possible d’échapper. L’équipage du cargo spatial Nostromo (où se déroule la plus grande partie du film) a tout de la classe ouvrière du futur. Le capitaine Dallas (Tom Skerritt) le dit lui-même : « Je commande le navire, c’est tout. »  Comme les autres officiers et les deux mécaniciens de bord, il est un simple employé. Une seule exception : Ash (Ian Holm), l’officier scientifique, le véritable relais de la Compagnie à bord du vaisseau.

L’équipage peut être sacrifié

Si Alien est rentré dans l’histoire du cinéma, c’est bien sûr pour son monstre, le fameux Xénomorphe imaginé par l’artiste suisse H.R. Giger. Mais le sous-texte politique, c’est dans l’attitude de la Weyland-Yutani qu’on le retrouve. Lorsque désemparée, le lieutenant Ripley (Sigourney Weaver) exige une procédure pour tuer le monstre, elle reçoit cette réponse : « Priorité n°1 : ramener l’organisme pour analyses. Toutes autres considérations passent après. L’équipage peut être sacrifié. »

Comme l’explique Ash dans la dernière partie du film, le spécimen unique que représente cette créature doit impérativement être étudié. Et même si ce n’est bien plus tard (dans Alien 3) qu’on apprend que c’est au laboratoire des armes biologiques qu’elle est destinée, on se doute tout de suite que l’intérêt pour une bestiole aussi efficace que meurtrière ne relève pas de la simple curiosité scientifique. 

Ripley : « Je ne sais pas quelle espèce est la pire. »

Sept ans plus tard, Aliens, le retour de James Cameron, reprend le même thème en le poussant plus loin. Cette fois, la Compagnie n’hésite pas à laisser s’implanter sur LV4-26 toute une colonie sans les prévenir qu’ils ont un voisinage pour le moins dangereux. Le but : faire en sorte que chaque colon se fasse implanter un « embryon ». Le jour où la colonie cesse de répondre, une expédition de secours avec des Marines est envoyée. Que les soldats reviennent ou non n’a aucune importance : là encore, la seule chose qui compte, c’est de ramener un spécimen. Représentant de la Compagnie embarqué avec l’expédition, Carter Burke (personnage au nom bien choisi, incarné par Paul Reiser) est même prêt à ce que Ripley et la petite Newt soient « implantées » pour faire passer en douce des embryons.

Dans Alien 3 (1992), lorsque la Compagnie apprend que Ripley elle-même est porteuse d’une Reine, elle ne se pose aucune question : les vies des prisonniers qui occupent le pénitencier où Ripley a échoué ne valent rien.

Il serait bien sûr tentant de se dire que tout ceci n’est que l’imagination des scénaristes, surtout dans un contexte de science-fiction. Mais l’attitude de la Weyland-Yutani a tout de même un furieux air de ressemblance avec celle des grosses entreprises qui ont été mouillées dans des scandales sanitaires. Et comme le dit Ripley dans Aliens, le retour : « Vous savez, Burke, je ne sais pas laquelle des deux espèces est la pire. Eux (les aliens), au moins, ne s’enc… pas entre eux pour des pourcentages. »

Alien, le 8e passager : lundi 31 octobre à 22.35 sur Téva

Aliens, le retour : lundi 7 novembre à 22.20 sur Téva

ordres weyland yutani


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