Peintures en mouvement

affiche van goghC’est une première dans l’histoire du cinéma : un film entièrement réalisé avec des peintures à l’huile. Le défi est impressionnant, il ouvre des horizons nouveaux. Au rayon des techniques d’animation, on connaissait en effet le dessin animé, la pâte à modeler, les images de synthèse ou encore la « performance capture ». Il faudra désormais compter avec la peinture. Le résultat à l’écran est troublant. Il donne l’impression de plonger dans les tableaux de Vincent Van Gogh.

Pour mesurer la portée de l’exploit, un chiffre suffit : La passion Van Gogh compte 62 000 images. Chacune d’elles a été peinte à la main. Pas étonnant, dès lors, qu’il ait fallu quatre ans pour boucler le film, des toutes premières prises de vue à la fin de la post-production.

Une centaine d’artistes-peintres

Au départ, de véritables acteurs, en chair et en os, sont filmés devant des fonds verts, dans des ébauches de décors. Les tableaux de Van Gogh sont ensuite incrustés numériquement. Un premier montage est fait. Chaque image (il en faut 24 pour une seconde de film) est présentée sur un écran puis reproduite à la peinture à l’huile sur une toile. Pour exécuter une telle masse de travail, il a fallu une centaine d’artistes-peintres,  recrutés dans une vingtaine de pays. Mais tous ne sont pas partis de zéro : une peinture finie sert de base à la suivante. Quelques modifications peuvent suffire pour obtenir la prochaine image.

Les tableaux suivent donc de très près les oeuvres de Van Gogh. Une fois terminés, ils sont photographiés et animés par ordinateur. Sur le film fini, on peut s’amuser à reconnaître les comédiens, comme l’Irlando-américaine Saoirse Ronan (Lovely Bones, The Grand Budapest Hotel). 

Si réussi soit-il, La passion Van Gogh aurait pu n’être qu’un simple exercice de style. Mais ses réalisateurs, la Polonaise Dorota Kobiela et le Britannique Hugh Welchman, n’ont pas négligé le scénario. Situé en 1891, peu de temps après la suicide de Van Gogh, il raconte comment le fils d’un facteur (Douglas Booth) tente de comprendre pourquoi le peintre s’est donné la mort. Une plongée dans le mental d’un artiste tourmenté, écrite comme une enquête de film noir. Ce Van Gogh d’un nouveau genre, on peut tout à fait le voir en peinture.

La passion Van Gogh : à partir du 19 décembre à 20.40 sur OCS City

Jusqu’au bout du cauchemar

climaxVoir un film de Gaspar Noé, c’est accepter de se faire mal. D’être remué jusqu’au plus profond de soi. L’expérience est peut-être virtuose, mais laisse un goût particulièrement désagréable. Sorti le 19 septembre, Climax est exactement dans cet esprit. S’il est réalisé avec un talent certain, il montre aussi que le cinéaste ne s’est pas renouvelé par rapport à Irréversible.

Le début était pourtant prometteur. Le film s’ouvre sur une soirée endiablée. Les superbes mouvements de caméra magnifient les danseurs. Les comédiens sont dans une transe qui touche à la grâce, à commencer par Sofia Boutella. Révélée par Kingsman : services secrets, l’actrice franco-algérienne démontre à nouveau son talent, à la fois dans les scènes dansées et dans le registre dramatique.

Petit à petit, Gaspar Noé lézarde l’ambiance festive qu’il a parfaitement construite. La soirée se transforme progressivement en enfer. La construction est habile mais le cinéaste n’épargne rien. Il détruit méthodiquement tout ce qui donne un sentiment de sécurité. Il va jusqu’au bout et ne laisse aucun espoir (ou alors si peu). On ressort du film lessivé, ravi de profiter de la première bouffée d’air frais après la séance. 

Au fond du trou

Dès lors, on se demande ce que le cinéaste cherche vraiment. Seul contre tous (1998) et Irréversible (2002) provoquaient le même dégoût. Gaspar Noé veut-il plonger le spectateur au fond du trou pour mieux lui faire apprécier la vie ? Si oui, des méthodes moins radicales existent pour aimer la vie. Si non, le réalisateur est sans doute dans une logique plus simple : mesurer la puissance d’une oeuvre d’art à l’aune des réactions qu’elle provoque. La mission est remplie, mais est-il vraiment indispensable de vivre une expérience aussi douloureuse, qui donne le sentiment d’avoir été piétiné ? Les chiens de paille (1971) était également ultra-violent. Mais au moins, il avait un sens.

Discutable dans son propos, Climax a aussi un style trop proche d’Irréversible. Les éclairages rouges tamisés, la caméra dans les couloirs, la caméra qui tangue… Beaucoup d’idées de mise en scène ont un goût de déjà vu, même si elles restent très efficaces. Malgré son ouverture virtuose, Climax est un voyage au bout de la nuit, que je n’ai envie de recommander à personne.

Climax : en salles depuis le 19 septembre

Réplique en mode mineur

blade runner 2049 affiche Suite très attendue du film culte de Ridley Scott, Blade Runner 2049 séduit par son ambiance et son esthétique, mais ne retrouve jamais la puissance existentielle de son modèle. Signée par le Canadien Denis Villeneuve (Sicario, Premier contact), elle n’offre que de fugaces moments d’émotion. En fait, elle est comme un cadeau magnifiquement emballé, mais beaucoup moins enthousiasmant une fois ouvert.

Il faut dire que le défi était ardu. Sorti en 1982, Blade Runner est le film qui a fait accepter une idée pas du tout cinématographique : des robots capables de comprendre les émotions humaines. Adapté d’une nouvelle du visionnaire Philip K. Dick, ce chef-d’oeuvre de la SF a inventé un univers marquant. Pour qu’une suite voie enfin le jour, il a fallu attendre dix-huit ans. Malgré la présence au scénario de Hampton Fancher (qui avait co-écrit le film original), Blade Runner 2049 ne sort pas de l’ombre de son modèle.

Le mystère évacué

Dès les premières secondes, le ton est donné. Le texte qui ouvre le film précise que les répliquants sont des êtres humains issus de la bio-ingénierie. Dans Blade Runner, les répliquants étaient clairement des machines. Des androïdes ultra-perfectionnés, mais démunis comme des enfants dans leur quête d’un passé, de souvenirs. En même temps, ils étaient suffisamment intelligents pour percer ce mystère. Le plus impressionnant était là : ces machines qui réussissent à toucher du doigt l’essence même d’un être humain. Elles étaient d’autant plus menaçantes qu’elles nous remettaient en cause au plus profond de nous-mêmes. Le dénouement énigmatique ne faisait que renforcer le trouble : impossible de savoir clairement si Rick Deckard, le policier si humain incarné par Harrison Ford, n’était pas lui-même un répliquant. Le doute est vertigineux : et si, sans le savoir, nous étions déjà des robots ?

En redéfinissant les répliquants comme des êtres humains issus de la bio-ingénierie, Blade Runner 2049 évacue d’un coup tout ce questionnement existentiel. L’officier K, joué par Ryan Gosling, est un répliquant. Mais à aucun moment on ne retrouve chez lui cette quête éperdue d’une âme, qui rendait le brutal Roy Batty si émouvant dans l’opus originel. Le scénario gomme sa condition robotique. Même son nom le dépersonnalise. Il n’est ni véritablement humain, ni l’intelligence artificielle qui veut rivaliser avec l’homme. Il est quelque part entre les deux et cette absence de parti-pris affirmé vide le film de ses enjeux existentiels et donc émotionnels.

Sauvé de l’ennui

Après, on peut toujours me rétorquer qu’entre les deux Blade Runner, les répliquants ont pu être améliorés (le scénario du deuxième est situé trente ans après celui du premier), au point de vaincre leur immaturité émotionnelle. Grand maître de la SF, Isaac Asimov avait été confronté au même questionnement dans son cycle des Robots. Il avait contourné cet écueil sans jamais mettre de côté la nature robotique de ses personnages, jusque dans leur plus parfaite imitation de l’être humain.

Blade Runner 2049 a beau recréer une ambiance proche de l’original (esthétique urbaine, pluie, BO de Hans Zimmer dans l’esprit de celle de Vangelis), il n’éveille rien de palpitant pendant plus de 1h30. Le travail sur les décors et les effets spéciaux est tout de même une superbe réussite, tout comme la somptueuse photo de Roger Deakins (le chef opérateur attitré des frères Coen). Autant de qualités qui permettent de ne pas s’ennuyer.

Merci Harrison Ford

Ce n’est que dans le denier tiers du récit, lorsqu’apparaît Harrison Ford, que le film trouve enfin une âme. L’acteur n’a besoin que d’un plan pour ressusciter son personnage mythique de Rick Deckard. Son visage fatigué (76 printemps depuis le 13 juillet dernier) suffit à raconter toute l’histoire des trente ans qui séparent les deux récits. Deux scènes-clés (dont le plan final) refont soudainement jaillir une émotion qui avait disparu. 

Au bout du compte,  Blade Runner 2049 a quand même pour lui une atmosphère prenante, servie par des plans majestueux. Mais il n’est rien de plus qu’un beau film de SF, qui ne risque pas de supplanter l’oeuvre maîtresse qu’est le Blade Runner de 1982.

Blade Runner 2049 : le 5 septembre à 20.40 sur OCS Max

Blade Runner : le 13 septembre à 0.00 sur Paris Première  

Le saut périlleux de Christopher Nolan

dunkerqueFilmer un épisode-clé de la Seconde Guerre mondiale sous forme d’un blockbuster expérimental : il fallait oser. Dixième film de Christopher Nolan, Dunkerque est aussi un de ses meilleurs, plus captivant que l’alambiqué Inception ou même le cérébral Interstellar. Une oeuvre viscérale qui réussit à se distinguer dans le genre très prolifique des films de guerre.

L’épisode historique dont s’inspire le cinéaste n’a pourtant rien de nouveau. L’évacuation en catastrophe de 330 000 hommes vers l’Angleterre, fin mai et début juin 1940, avait déjà inspiré un premier Dunkerque, en 1958. Plus récemment, les grands films sur la Seconde Guerre mondiale ont bombardé les écrans à une cadence soutenue. La référence absolue, c’est évidemment Il faut sauver le soldat Ryan, mais La ligne rouge, le diptyque Mémoires de nos pères/Lettres d’Iwo Jima et Tu ne tueras point ont également marqué, sans parler de la série télé Band of Brothers

Un film qui prend aux tripes

Si Christopher Nolan a transformé un sujet classique en grand huit cinématographique, c’est avant tout par ses choix de mise en scène. Son Dunkerque ne se regarde pas, il se vit. Comme il est avare en dialogues, l’attention se reporte automatiquement les plans d’une largeur infinie (le film était conçu pour une projection en Imax), les cadres serrés qui créent une angoisse étouffante, la musique dissonante de Hans Zimmer et enfin l’excellent montage, qui fait passer sans aucun souci une narration éclatée

Dunkerque est une oeuvre qui prend aux tripes. Et en plus, l’ennemi allemand est omniprésent alors qu’il est quasi invisible pendant tout le film. Le procédé est d’une efficacité redoutable, John Carpenter l’avait prouvé avec un talent imparable dans Assaut, en 1976. Dunkerque se rapproche donc de films de survie comme Gravity ou The Revenant.  Mais Christopher Nolan a aussi su en faire une épopée. Sur tous les visages (soldats, officiers, marins, aviateurs, civils), on peut lire la même peur, la même énergie farouche pour livrer le combat désespéré qui empêchera l’invasion de l’Angleterre par les armées d’Hitler.

Ambiance de fin du monde

C’est là que d’un coup, on se rend compte que Dunkerque n’est pas qu’un exercice de style. Avec très peu d’explications (juste quelques mots sur le contexte historique au début et à la fin du film), Christopher Nolan réussit à construire une ambiance de fin du monde. L’évacuation de ces hommes était bien l’opération de la dernière chance, l’ultime recours symbolisé à la perfection par les nombreuses embarcations civiles venues au secours des soldats coincés sur la plage.

Alors, bien sûr, Dunkerque ne fait pas oublier l’immense Il faut sauver le soldat Ryan, sorti il y a tout juste vingt ans. D’ailleurs, Christopher Nolan ne prétend pas surpasser Steven Spielberg. Il ne cherche pas à reproduire l’insoutenable réalisme des fameuses trente premières minutes sur Omaha Beach. Personne n’a jamais su faire mieux depuis. Le cinéaste de Interstellar et de Batman Begins a préféré revisiter le film de guerre en s’appuyant sur un cinéma d’une grande pureté. Et cette bataille-là, il l’a gagnée haut la main.

Dunkerque : actuellement sur les chaînes Canal+

Du respect, enfin !

flèche briséeRéhabiliter les Indiens ? En pleine Guerre froide, à l’ère des studios tout-puissants, le pari était osé. Sorti en 1950, La flèche brisée l’a pourtant assumé. C’est un des premiers films à présenter l’ennemi traditionnel des westerns sous un jour respectueux. Une oeuvre d’autant plus remarquable qu’elle tient un propos pacifiste totalement d’actualité.

L’intrigue est située en 1870, en pleine guerre entre les Apaches et les Blancs. Ecoeuré par les bains de sang, un vétéran de la guerre de Sécession décide d’apprendre la langue et les coutumes des Apaches. Il parvient à nouer un dialogue avec leur chef charismatique, Cochise. Le film dénonce le cycle de la violence, l’attitude ouvertement provocatrice de ceux qui ont intérêt à prolonger la guerre. Il prêche pour une lecture apaisée de la Bible : « Ma Bible ne dit rien sur la pigmentation de la peau », dit ainsi un général prêt à signer la paix. 

Faire aboutir la paix

Avant La flèche brisée, d’autres westerns avaient déjà brisé le cliché de l’Indien comme le sauvage de service. Mais ces films datent surtout de l’ère du muet et sont tombés dans l’oubli. La flèche brisée est le premier western pro-indien a avoir laissé un souvenir visible. Son réalisateur Delmer Daves a fait de nombreux séjours dans un tribu Navajo pendant son adolescence. Sa description des coutumes indiennes est si minutieuse que le film en a pris une valeur ethnologique. Le scénario est signé Michael Blankfort,  qui a accepté de servir de prête-nom à Albert Maltz, un des scénaristes mis sur liste noire dans les années 1950 pendant le maccarthysme.

Une conséquence logique de ce respect pour la culture d’autrui, c’est l’attitude pacifiste du personnage principal. Ancien éclaireur de l’Union, l’homme connaît le prix du sang pour l’avoir payé pendant la guerre de Sécession. Ses tentatives pour faire aboutir la paix, et passer par-dessus les préjugés racistes, ont une résonance énorme à notre époque, celle de la menace terroriste, du conflit israélo-palestinien, du communautarisme exacerbé ou encore de la paranoïa sécuritaire. Dès lors, James Stewart était l’interprète idéal pour le rôle. L’acteur était l’incarnation même de la justice et la droiture, une vision idéalisée de l’Amérique.

Film progressiste et éclairé, La flèche brisée n’a pas, malgré tout, pas pu briser tous les carcans de son époque. Chef indien emblématique, Cochise est incarné par Jeff Chandler, un acteur blanc maquillé. Une hérésie sur laquelle Hollywood finira par revenir. Les personnages d’Indiens seront joués par de vrais Indiens. Mais en 1950, pour obtenir les financements, le soutien d’un studio (ici, la 20th Century Fox) et la distribution, il fallait encore faire des concessions. 

La flèche brisée : mercredi 27 juin à 20.40 sur OCS Géants

Ces Gaulois si coriaces

affiche astérixAstérix est-il un héros facile à adapter au cinéma ? La BD étant ancrée dans la culture populaire, la réponse la plus évidente est « oui ». De 1967 à 1995, sept films d’animation ont d’ailleurs été tirés des aventures du petit guerrier gaulois créé par René Goscinny et Albert Uderzo. Mais au vu des cinq long-métrages qui ont suivi, on se rend compte qu’en fait, le défi n’est pas si simple. Revue de détails de ces cinq tentatives aux réussites très diverses.

Astérix et Obélix contre César (1997)

Le premier film où les héros gaulois sont incarnés par des acteurs de chair et d’os. Les décors sont beaux, les effets spéciaux réussis. Le point fort du film, c’est son casting : de Michel Galabru à Laetita Casta, en passant par Sim ou Jean-Roger Milo, tous sont bien choisis. Gérard Depardieu est tellement évident en Obélix que c’est impossible d’imaginer quelqu’un d’autre. Deux bémols dans ce bel ensemble : Christian Clavier, qui joue Astérix dans un registre trop proche du Jacquouille des Visiteurs et Gottfried John, relativement inspide en Jules César. La grosse faiblesse du film, c’est son scénario : une sorte de pot-pourri de différents albums. Un récit dispersé qui affaiblit clairement l’ensemble. Dommage.

Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002)

Une comédie culte, et la meilleure adaptation à ce jour. L’explication tient en deux mots : Alain Chabat. Réalisateur et scénariste, il a choisi, cette fois, d’adapter un seul album (Astérix et Cléopâtre). Il réussit la prouesse d’en respecter parfaitement la trame, tout en y apposant son propre humour. Le résultat, c’est un festival d’excellentes répliques, et des acteurs au sommet. 

Astérix aux Jeux Olympiques (2008)

Une grosse machine au budget pharaonique de 78 millions d’euros, ce qui en fait alors le film le plus cher de l’histoire du cinéma français. Le calcul de Thomas Langmann producteur est compréhensible : de gros moyens, une pléaide de stars au générique. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est d’avoir co-réalisé lui-même le film, avec Frédéric Forestier. Le film aurait eu besoin d’un cinéaste d’une toute autre envergure. Car à l’arrivée, il est impersonnel, mis à part quelques clins d’oeil drôles (comme la scène avec Michael Schumacher et Jean Todt). Clovis Cornillac succède à Christian Clavier dans le rôle d’Astérix, sans apporter grand-chose. Un point positif, tout de même : Alain Delon, qui joue Jules César et apporte une excellente touche d’autodérision.

Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté (2012)

Cette fois, c’est Edouard Baer qui incarne Astérix. Certes, l’acteur appose son style bien à lui, mais rien de vraiment fort en ressort. C’est décidément bien compliqué de s’approprier ce rôle. Le film, lui, reste une adaptation superficielle et gentillette de Astérix chez les Bretons. Les acteurs ont tendance à cabotiner. Et Catherine Deneuve  n’est pas franchement crédible en reine d’outre-Manche.

Astérix et le domaine des Dieux (2014)

Retour à l’animation ! C’est ce qu’a compris Alexandre Astier, co-scénariste et co-réalisateur de ce cinquième opus. Mais pas n’importe quelle animation : des images de synthèse soignées, au style moderne. Cette fois, c’est l’album Le domaine des dieux qui est adapté. Et comme Alain Chabat, Astier atteint un équilibre difficile : respecter la BD tout en y glissant son style et son humour. Et ça marche : le créateur de la série Kaamelott parsème le récit de ses références et ses clins d’oeil. Le tout avec une certaine discrétion, mais beaucoup d’efficacité :  c’est un jeu que de relever les allusions semées comme des indices.

 

Astérix et Obélix contre César : jeudi 3 mai à 21.00 sur TF1

L’essence des pilotes

Affiche RushSorti en 2013, Rush est un des rares films à avoir su faire ressentir le frisson du sport automobile, et à montrer vraiment ce qu’est un pilote de course. Car le cinéma offre souvent une vision caricaturale et superficielle d’un métier qui séduit avant tout par son côté spectaculaire.

Réalisé par Ron Howard (Backdraft, Apollo 13), Rush raconte la rivalité entre deux pilotes de Formule 1, l’Anglais James Hunt et l’Autrichien Niki Lauda pendant la dramatique saison 1976. La fameuse saison où Lauda a eu l’accident qui l’a laissé gravement brûlé. A elle seule, cette trame pleine de rebondissements fournit la matière à un excellent film à suspense. Mais dès les premières minutes, Rush pose clairement son sujet. Incarné par l’Allemand Daniel Brühl, Niki Lauda explique en voix off : « Vingt-cinq pilotes s’alignent au départ de chaque saison de Formule 1. Et chaque année, deux d’entre nous meurent. Qui exerce un métier comme ça ? Pas des hommes normaux, c’est sûr. »

Repartir au combat 

Le scénario bien documenté aborde les motivations des pilotes, leur approche du risque, les exigences qui leur sont imposées. Il explique aussi comment chacun utilise sa personnalité pour être en mesure de s’imposer dans son équipe. En fait, il possède une dimension psychologique particulièrement riche, que seul Grand Prix de John Frankenheimer avait réussi à approcher (le film date de 1966 !). La plupart du temps, les personnages de pilotes sont cantonnés aux clichés les plus basiques. Ainsi, dans l’affligeant Driven (2001), il est aussi question d’une rivalité, mais avec une intrigue creuse, prévisible d’un bout à l’autre. Jours de Tonnerre (1990) et Michel Vaillant (2003) étaient un peu meilleurs, mais restaient malgré tout très superficiels dans leur approche du métier de pilote.

Meilleur film de son auteur, Rush réussit même à toucher du doigt un impalpable mécanisme psychologique : ce moment où un pilote surmonte toutes ses peurs, tous ses doutes et toutes les épreuves qu’il a subies. Ce moment où il sait qu’il va repartir au combat, sans se soucier des conséquences. Dans la peau de James Hunt, l’Australien Chris Hemsworth joue le meilleur rôle de sa carrière. Quant à Daniel Brühl, il est tellement convaincant que même le vrai Niki Lauda en a été bluffé.

Rush : mercredi 28 mars à 20.55 sur France 4

Le jour où le rêve s’arrêta

Mnich afficheS’il a filmé la guerre, la destruction, la folie criminelle, Steven Spielberg n’en reste pas moins un idéaliste. Ses films ont toujours une note positive : l’espoir de s’en sortir, de retrouver sa famille ou de faire triompher ses valeurs. Sorti en 2005, Munich est son oeuvre la plus adulte, qui fait exception. Thriller à couper le souffle, elle dresse un tableau implacable et très actuel de l’inutilité de la vengeance d’Etat

Munich, c’est le récit de l’opération menée par le Mossad pour traquer et exécuter les membres du commando palestinien Septembre Noir. Soit ceux qui avaient enlevé et tué onze athlètes israéliens pendant les J.O. de Munich, en 1972. Tout part d’une logique simple : des sportifs ont été assassinés, il faut répliquer en éliminant les responsables. La mission est remplie par une équipe compétente, menée par Avner, un ancien garde du corps de la Première Ministre Golda Meir. C’est Eric Bana qui le joue, et il tient là un de ses rôles marquants. On s’amuse à y voir aussi Daniel Craig, qui n’a pas encore endossé le smoking de James Bond, Mathieu Kassovitz, Ciaran Hinds (le Jules César de la série Rome) ou encore la Québecoise Marie-Josée Croze.

Les victimes collatérales

Cette mission, elle aurait dû être menée sans état d’âme. Mais très vite, un débat moral s’installe. Peut-on tuer un membre du commando palestinien en même temps que sa petite fille, par le biais d’un téléphone piégé ? Est-il normal d’en liquider un autre en faisant exploser sa chambre d’hôtel, risquant au passage de faire mourir des innocents ? Et surtout, quel est l’intérêt véritable d’exécuter les membres de ce commando ? « Chaque homme que nous avons tué a été remplacé par quelqu’un de pire », déplore ainsi Avner à son supérieur. Incarné par l’excellent Geoffrey Rush, celui-ci lui répond : « Pourquoi se couper les ongles alors qu’ils vont repousser ? »

Ce que Spielberg met en lumière dans Munich, c’est que la vengeance d’Etat n’est rien d’autre qu’un perpétuel cycle de violence. Il fait comprendre qu’éliminer les membres du commando Septembre Noir n’est qu’un symbole qui n’améliorera en rien la sécurité d’Israël. Une vengeance dont tout le monde paie le tribut : l’équipe du Mossad n’est pas épargnée et compte plusieurs morts dans ses rangs. A aucun moment, le cinéaste ne joue sur le registre « tout va s’arranger. » A la fin du film, un des Palestiniens s’en est tiré et Avner se retrouve coincé, n’ayant plus d’illusion sur une mission qu’il pensait utile pour son pays.

Le propos passe mal, il vaut au cinéaste des critiques acerbes à la sortie du film en décembre 2005. Mais force est de constater que douze ans plus tard, les thèmes de Munich sont malheureusement plus actuels que jamais. Ainsi, la mort d’Oussama Ben Laden, tué par les SEALS américains en 2011. n’empêche pas le djihadisme d’être plus prospère que jamais.

Depuis, on a retrouvé l’idéalisme traditionnel de Spielberg dans des films comme Le pont des espions ou Pentagon Papers. Munich a sa place parmi ses oeuvres majeures, mais détonne quand même par son absence totale d’illusion.

Munich : jeudi 1er mars à 20.55 sur 13e rue

Peurs primales

BelkoA quoi sert un film d’horreur ? A nous confronter à nos peurs les plus instinctives, à nous permettre de côtoyer la mort « gratuitement », mais aussi à nous interroger sur ce que nous sommes vraiment derrière le vernis de la civilisation. Présenté au festival de Toronto 2016, The Belko Experiment est une série B méconnue et subversive. Elle n’insiste pas tant que ça sur le gore mais livre une vision féroce du monde du travail.

L’histoire est située dans un bâtiment isolé au bord de la jungle colombienne. Une grosse compagnie américaine emploie 80 personnes sur ce site. Chacune d’elles est équipée d’un traceur permettant de la retrouver en cas de kidnapping. A un moment, les issues sont scellées. Une voix se fait entendre dans les hauts-parleurs du bâtiment pour exiger que trente membres du personnel soient tués dans les deux heures, faute de quoi les maîtres-chanteurs invisibles feront mourir (à distance) soixante personnes. Quelque part entre Battle Royale et Hunger Games, le film ne fait pas de quartier. Aucune échappatoire, c’est tuer ou être tué. Le plus impressionnant, c’est de voir les scrupules et les résistances de chacun s’effondrer rapidement face à la chasse à l’homme mortelle. Rapidement, mais différemment d’une personne à l’autre.

La chasse est déjà ouverte

Et c’est toujours étrange de se demander ce que nous ferions si toutes les limites de la moralité et de la civilisation étaient abolies dans un « chacun pour soi » sanglant. Avec, peut-être, cette tentation inavouable d’en profiter pour régler ses comptes. Réalisé par Greg McLean (qui avait déjà signé les deux volets de Wolf Creek), The Belko Experiment est écrit par James Gunn. Soit le réalisateur des Gardiens de la Galaxie, mais surtout un scénariste formé chez Troma, la fameuse société de production de séries Z en tous genres. Le film bénéficie aussi d’une interprétation solide. On s’amuse même à reconnaître un acteur des films d’Oliver Stone : John C. McGinley

A première vue, on voudrait se rassurer en se disant que tout ceci n’est que du cinéma. Mais le scénario adroit de James Gunn laisse transparaître une évidence accablante : cette chasse à l’homme mortelle, elle existe déjà. C’est celle du monde du travail où, derrière les usages et les codes de la civilisation, nous savons déjà nous entretuer.

The Belko Experiment : jeudi 1er février à 20.50 sur Canal+ cinéma.  

La Force est toujours avec eux

star-wars-8-les-derniers-jediHuitième épisode de la mythique saga, Les Derniers Jedi a tout ce qu’on attend d’un Star Wars : des batailles spatiales intenses, des duels au sabre-laser et des paysages superbes. Mais ce qui lui donne réellement de la valeur, ce sont ses personnages. Interprétés par des acteurs touchants, ils sont aussi dignes qu’émouvants. Leurs conflits intérieurs sont humains et compréhensibles, ils donnent une âme au film.

Sorti en 2015, le précédent opus, Le réveil de la Force, touchait déjà par son tableau d’une famille Skywalker déchirée. Il révélait aussi une actrice charismatique : à seulement 23 ans, l’Anglaise Daisy Ridley se montrait capable de surpasser tous ses partenaires. Des qualités suffisantes pour compenser le manque d’originalité de l’intrigue, calquée sur celle de Un nouvel espoir, le film originel de 1977. Comme on peut s’y attendre, Les Derniers Jedi reprend certains codes de L’Empire contre-attaque, mais n’est pas un remake pour autant.

Blessures intimes

Sans dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue, ce huitième opus est un très beau récit sur la transmission. Dans le rôle principal, Daisy Ridley est toujours aussi éclatante : jeune mais pas naïve, déterminée mais pas bornée, elle est une héroïne parfaite. Quant à Mark Hamill, il réussit magistralement son retour dans son rôle légendaire de Luke Skywalker. Dans Le réveil de la Force, on ne le voyait que sur le tout dernier plan. Beaucoup plus présent dans Les derniers Jedi, il marque le film par une sagesse empreinte de tristesse et de culpabilité. Le digne héritage du Luke de jadis. De son côté, Carrie Fisher incarne Leia avec autant de lucidité que de retenue. Le personnage est à l’image de l’actrice, réaliste sur sa vie mais en même temps émouvante sur la manière dont elle assume ses blessures intimes.

Au vu du Réveil de la Force, on pouvait avoir quelques doutes à propos d’Adam Driver, peut-être trop jeune et pas assez menaçant dans la peau de Kylo Ren. Mais ces doutes sont balayés avec Les derniers Jedi : avec un acteur plus mature, le personnage n’aurait pas été le même. Des rôles secondaires, on retient avant tout Oscar Isaac, enthousiasmant en pilote de la Rébellion, et l’inattendue Kelly Marie Tran.

Après, Les Derniers Jedi n’est pas exempt de défauts. Des moments-clés sont expédiés de manière frustrante. Une scène qui aurait dû être bouleversante perd tout son impact à cause d’un traitement visuel incongru. Et côté comédiens, Laura Dern ne convainc pas lors de sa première apparition, seulement au fil des scènes où elle apparaît. Des imperfections, donc, mais qui ne compromettent pas un film vraiment attachant. Son réalisateur, Rian Johnson, a passé haut la main son examen d’entrée. C’est lui qui chapeautera la prochaine trilogie annoncée par Disney et c’est de bon augure.

Star Wars : les derniers Jedi, en salles le 13 décembre


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