Ces Gaulois si coriaces

affiche astérixAstérix est-il un héros facile à adapter au cinéma ? La BD étant ancrée dans la culture populaire, la réponse la plus évidente est « oui ». De 1967 à 1995, sept films d’animation ont d’ailleurs été tirés des aventures du petit guerrier gaulois créé par René Goscinny et Albert Uderzo. Mais au vu des cinq long-métrages qui ont suivi, on se rend compte qu’en fait, le défi n’est pas si simple. Revue de détails de ces cinq tentatives aux réussites très diverses.

Astérix et Obélix contre César (1997)

Le premier film où les héros gaulois sont incarnés par des acteurs de chair et d’os. Les décors sont beaux, les effets spéciaux réussis. Le point fort du film, c’est son casting : de Michel Galabru à Laetita Casta, en passant par Sim ou Jean-Roger Milo, tous sont bien choisis. Gérard Depardieu est tellement évident en Obélix que c’est impossible d’imaginer quelqu’un d’autre. Deux bémols dans ce bel ensemble : Christian Clavier, qui joue Astérix dans un registre trop proche du Jacquouille des Visiteurs et Gottfried John, relativement inspide en Jules César. La grosse faiblesse du film, c’est son scénario : une sorte de pot-pourri de différents albums. Un récit dispersé qui affaiblit clairement l’ensemble. Dommage.

Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (2002)

Une comédie culte, et la meilleure adaptation à ce jour. L’explication tient en deux mots : Alain Chabat. Réalisateur et scénariste, il a choisi, cette fois, d’adapter un seul album (Astérix et Cléopâtre). Il réussit la prouesse d’en respecter parfaitement la trame, tout en y apposant son propre humour. Le résultat, c’est un festival d’excellentes répliques, et des acteurs au sommet. 

Astérix aux Jeux Olympiques (2008)

Une grosse machine au budget pharaonique de 78 millions d’euros, ce qui en fait alors le film le plus cher de l’histoire du cinéma français. Le calcul de Thomas Langmann producteur est compréhensible : de gros moyens, une pléaide de stars au générique. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est d’avoir co-réalisé lui-même le film, avec Frédéric Forestier. Le film aurait eu besoin d’un cinéaste d’une toute autre envergure. Car à l’arrivée, il est impersonnel, mis à part quelques clins d’oeil drôles (comme la scène avec Michael Schumacher et Jean Todt). Clovis Cornillac succède à Christian Clavier dans le rôle d’Astérix, sans apporter grand-chose. Un point positif, tout de même : Alain Delon, qui joue Jules César et apporte une excellente touche d’autodérision.

Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté (2012)

Cette fois, c’est Edouard Baer qui incarne Astérix. Certes, l’acteur appose son style bien à lui, mais rien de vraiment fort en ressort. C’est décidément bien compliqué de s’approprier ce rôle. Le film, lui, reste une adaptation superficielle et gentillette de Astérix chez les Bretons. Les acteurs ont tendance à cabotiner. Et Catherine Deneuve  n’est pas franchement crédible en reine d’outre-Manche.

Astérix et le domaine des Dieux (2014)

Retour à l’animation ! C’est ce qu’a compris Alexandre Astier, co-scénariste et co-réalisateur de ce cinquième opus. Mais pas n’importe quelle animation : des images de synthèse soignées, au style moderne. Cette fois, c’est l’album Le domaine des dieux qui est adapté. Et comme Alain Chabat, Astier atteint un équilibre difficile : respecter la BD tout en y glissant son style et son humour. Et ça marche : le créateur de la série Kaamelott parsème le récit de ses références et ses clins d’oeil. Le tout avec une certaine discrétion, mais beaucoup d’efficacité :  c’est un jeu que de relever les allusions semées comme des indices.

 

Astérix et Obélix contre César : jeudi 3 mai à 21.00 sur TF1

L’essence des pilotes

Affiche RushSorti en 2013, Rush est un des rares films à avoir su faire ressentir le frisson du sport automobile, et à montrer vraiment ce qu’est un pilote de course. Car le cinéma offre souvent une vision caricaturale et superficielle d’un métier qui séduit avant tout par son côté spectaculaire.

Réalisé par Ron Howard (Backdraft, Apollo 13), Rush raconte la rivalité entre deux pilotes de Formule 1, l’Anglais James Hunt et l’Autrichien Niki Lauda pendant la dramatique saison 1976. La fameuse saison où Lauda a eu l’accident qui l’a laissé gravement brûlé. A elle seule, cette trame pleine de rebondissements fournit la matière à un excellent film à suspense. Mais dès les premières minutes, Rush pose clairement son sujet. Incarné par l’Allemand Daniel Brühl, Niki Lauda explique en voix off : « Vingt-cinq pilotes s’alignent au départ de chaque saison de Formule 1. Et chaque année, deux d’entre nous meurent. Qui exerce un métier comme ça ? Pas des hommes normaux, c’est sûr. »

Repartir au combat 

Le scénario bien documenté aborde les motivations des pilotes, leur approche du risque, les exigences qui leur sont imposées. Il explique aussi comment chacun utilise sa personnalité pour être en mesure de s’imposer dans son équipe. En fait, il possède une dimension psychologique particulièrement riche, que seul Grand Prix de John Frankenheimer avait réussi à approcher (le film date de 1966 !). La plupart du temps, les personnages de pilotes sont cantonnés aux clichés les plus basiques. Ainsi, dans l’affligeant Driven (2001), il est aussi question d’une rivalité, mais avec une intrigue creuse, prévisible d’un bout à l’autre. Jours de Tonnerre (1990) et Michel Vaillant (2003) étaient un peu meilleurs, mais restaient malgré tout très superficiels dans leur approche du métier de pilote.

Meilleur film de son auteur, Rush réussit même à toucher du doigt un impalpable mécanisme psychologique : ce moment où un pilote surmonte toutes ses peurs, tous ses doutes et toutes les épreuves qu’il a subies. Ce moment où il sait qu’il va repartir au combat, sans se soucier des conséquences. Dans la peau de James Hunt, l’Australien Chris Hemsworth joue le meilleur rôle de sa carrière. Quant à Daniel Brühl, il est tellement convaincant que même le vrai Niki Lauda en a été bluffé.

Rush : mercredi 28 mars à 20.55 sur France 4

Le jour où le rêve s’arrêta

Mnich afficheS’il a filmé la guerre, la destruction, la folie criminelle, Steven Spielberg n’en reste pas moins un idéaliste. Ses films ont toujours une note positive : l’espoir de s’en sortir, de retrouver sa famille ou de faire triompher ses valeurs. Sorti en 2005, Munich est son oeuvre la plus adulte, qui fait exception. Thriller à couper le souffle, elle dresse un tableau implacable et très actuel de l’inutilité de la vengeance d’Etat

Munich, c’est le récit de l’opération menée par le Mossad pour traquer et exécuter les membres du commando palestinien Septembre Noir. Soit ceux qui avaient enlevé et tué onze athlètes israéliens pendant les J.O. de Munich, en 1972. Tout part d’une logique simple : des sportifs ont été assassinés, il faut répliquer en éliminant les responsables. La mission est remplie par une équipe compétente, menée par Avner, un ancien garde du corps de la Première Ministre Golda Meir. C’est Eric Bana qui le joue, et il tient là un de ses rôles marquants. On s’amuse à y voir aussi Daniel Craig, qui n’a pas encore endossé le smoking de James Bond, Mathieu Kassovitz, Ciaran Hinds (le Jules César de la série Rome) ou encore la Québecoise Marie-Josée Croze.

Les victimes collatérales

Cette mission, elle aurait dû être menée sans état d’âme. Mais très vite, un débat moral s’installe. Peut-on tuer un membre du commando palestinien en même temps que sa petite fille, par le biais d’un téléphone piégé ? Est-il normal d’en liquider un autre en faisant exploser sa chambre d’hôtel, risquant au passage de faire mourir des innocents ? Et surtout, quel est l’intérêt véritable d’exécuter les membres de ce commando ? « Chaque homme que nous avons tué a été remplacé par quelqu’un de pire », déplore ainsi Avner à son supérieur. Incarné par l’excellent Geoffrey Rush, celui-ci lui répond : « Pourquoi se couper les ongles alors qu’ils vont repousser ? »

Ce que Spielberg met en lumière dans Munich, c’est que la vengeance d’Etat n’est rien d’autre qu’un perpétuel cycle de violence. Il fait comprendre qu’éliminer les membres du commando Septembre Noir n’est qu’un symbole qui n’améliorera en rien la sécurité d’Israël. Une vengeance dont tout le monde paie le tribut : l’équipe du Mossad n’est pas épargnée et compte plusieurs morts dans ses rangs. A aucun moment, le cinéaste ne joue sur le registre « tout va s’arranger. » A la fin du film, un des Palestiniens s’en est tiré et Avner se retrouve coincé, n’ayant plus d’illusion sur une mission qu’il pensait utile pour son pays.

Le propos passe mal, il vaut au cinéaste des critiques acerbes à la sortie du film en décembre 2005. Mais force est de constater que douze ans plus tard, les thèmes de Munich sont malheureusement plus actuels que jamais. Ainsi, la mort d’Oussama Ben Laden, tué par les SEALS américains en 2011. n’empêche pas le djihadisme d’être plus prospère que jamais.

Depuis, on a retrouvé l’idéalisme traditionnel de Spielberg dans des films comme Le pont des espions ou Pentagon Papers. Munich a sa place parmi ses oeuvres majeures, mais détonne quand même par son absence totale d’illusion.

Munich : jeudi 1er mars à 20.55 sur 13e rue

Peurs primales

BelkoA quoi sert un film d’horreur ? A nous confronter à nos peurs les plus instinctives, à nous permettre de côtoyer la mort « gratuitement », mais aussi à nous interroger sur ce que nous sommes vraiment derrière le vernis de la civilisation. Présenté au festival de Toronto 2016, The Belko Experiment est une série B méconnue et subversive. Elle n’insiste pas tant que ça sur le gore mais livre une vision féroce du monde du travail.

L’histoire est située dans un bâtiment isolé au bord de la jungle colombienne. Une grosse compagnie américaine emploie 80 personnes sur ce site. Chacune d’elles est équipée d’un traceur permettant de la retrouver en cas de kidnapping. A un moment, les issues sont scellées. Une voix se fait entendre dans les hauts-parleurs du bâtiment pour exiger que trente membres du personnel soient tués dans les deux heures, faute de quoi les maîtres-chanteurs invisibles feront mourir (à distance) soixante personnes. Quelque part entre Battle Royale et Hunger Games, le film ne fait pas de quartier. Aucune échappatoire, c’est tuer ou être tué. Le plus impressionnant, c’est de voir les scrupules et les résistances de chacun s’effondrer rapidement face à la chasse à l’homme mortelle. Rapidement, mais différemment d’une personne à l’autre.

La chasse est déjà ouverte

Et c’est toujours étrange de se demander ce que nous ferions si toutes les limites de la moralité et de la civilisation étaient abolies dans un « chacun pour soi » sanglant. Avec, peut-être, cette tentation inavouable d’en profiter pour régler ses comptes. Réalisé par Greg McLean (qui avait déjà signé les deux volets de Wolf Creek), The Belko Experiment est écrit par James Gunn. Soit le réalisateur des Gardiens de la Galaxie, mais surtout un scénariste formé chez Troma, la fameuse société de production de séries Z en tous genres. Le film bénéficie aussi d’une interprétation solide. On s’amuse même à reconnaître un acteur des films d’Oliver Stone : John C. McGinley

A première vue, on voudrait se rassurer en se disant que tout ceci n’est que du cinéma. Mais le scénario adroit de James Gunn laisse transparaître une évidence accablante : cette chasse à l’homme mortelle, elle existe déjà. C’est celle du monde du travail où, derrière les usages et les codes de la civilisation, nous savons déjà nous entretuer.

The Belko Experiment : jeudi 1er février à 20.50 sur Canal+ cinéma.  

La Force est toujours avec eux

star-wars-8-les-derniers-jediHuitième épisode de la mythique saga, Les Derniers Jedi a tout ce qu’on attend d’un Star Wars : des batailles spatiales intenses, des duels au sabre-laser et des paysages superbes. Mais ce qui lui donne réellement de la valeur, ce sont ses personnages. Interprétés par des acteurs touchants, ils sont aussi dignes qu’émouvants. Leurs conflits intérieurs sont humains et compréhensibles, ils donnent une âme au film.

Sorti en 2015, le précédent opus, Le réveil de la Force, touchait déjà par son tableau d’une famille Skywalker déchirée. Il révélait aussi une actrice charismatique : à seulement 23 ans, l’Anglaise Daisy Ridley se montrait capable de surpasser tous ses partenaires. Des qualités suffisantes pour compenser le manque d’originalité de l’intrigue, calquée sur celle de Un nouvel espoir, le film originel de 1977. Comme on peut s’y attendre, Les Derniers Jedi reprend certains codes de L’Empire contre-attaque, mais n’est pas un remake pour autant.

Blessures intimes

Sans dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue, ce huitième opus est un très beau récit sur la transmission. Dans le rôle principal, Daisy Ridley est toujours aussi éclatante : jeune mais pas naïve, déterminée mais pas bornée, elle est une héroïne parfaite. Quant à Mark Hamill, il réussit magistralement son retour dans son rôle légendaire de Luke Skywalker. Dans Le réveil de la Force, on ne le voyait que sur le tout dernier plan. Beaucoup plus présent dans Les derniers Jedi, il marque le film par une sagesse empreinte de tristesse et de culpabilité. Le digne héritage du Luke de jadis. De son côté, Carrie Fisher incarne Leia avec autant de lucidité que de retenue. Le personnage est à l’image de l’actrice, réaliste sur sa vie mais en même temps émouvante sur la manière dont elle assume ses blessures intimes.

Au vu du Réveil de la Force, on pouvait avoir quelques doutes à propos d’Adam Driver, peut-être trop jeune et pas assez menaçant dans la peau de Kylo Ren. Mais ces doutes sont balayés avec Les derniers Jedi : avec un acteur plus mature, le personnage n’aurait pas été le même. Des rôles secondaires, on retient avant tout Oscar Isaac, enthousiasmant en pilote de la Rébellion, et l’inattendue Kelly Marie Tran.

Après, Les Derniers Jedi n’est pas exempt de défauts. Des moments-clés sont expédiés de manière frustrante. Une scène qui aurait dû être bouleversante perd tout son impact à cause d’un traitement visuel incongru. Et côté comédiens, Laura Dern ne convainc pas lors de sa première apparition, seulement au fil des scènes où elle apparaît. Des imperfections, donc, mais qui ne compromettent pas un film vraiment attachant. Son réalisateur, Rian Johnson, a passé haut la main son examen d’entrée. C’est lui qui chapeautera la prochaine trilogie annoncée par Disney et c’est de bon augure.

Star Wars : les derniers Jedi, en salles le 13 décembre

Le retour des anneaux

black-riders-in-the-shireLa nouvelle a été officialisée par Amazon le 14 novembre dernier : une nouvelle adaptation du Seigneur des anneaux est en préparation, sous forme de série télé. Le géant américain la co-produira avec Warner TV, avec l’accord de la Fondation Tolkien, qui gère l’héritage de J.R.R. Tolkien. Mais à bien y regarder, le projet n’est pas si clair. Refaire sur petit écran la trilogie de Peter Jackson est un défi irréaliste, d’où une certaine ambiguïté.

Dans son communiqué, Amazon s’étend en effet sur l’impact culturel du Seigneur des anneaux (le roman) et sur la réussite de son adaptation cinématographique. Sortie entre 2001 et 2003, la trilogie de Peter Jackson a tellement bien marché qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui d’autres acteurs que Elijah Wood, Viggo Mortensen ou encore Ian McKellen, une autre esthétique et d’autres paysages que ceux de la Nouvelle-Zélande. La réponse est écrite en catimini dans le communiqué officiel. La future série sera située juste avant La communauté de l’anneau, le premier volet de la trilogie. Mais il est tellement question du Seigneur des anneaux que ça incite à croire qu’il s’agit d’une nouvelle version. Au-delà de ces ambiguïtés de langage, le projet est faisable. Les appendices du roman de Tolkien offrent de la matière, il est donc possible de faire revenir des personnages comme Aragorn, Gandalf, Saroumane ou Galadriel.

L’opposition de Christopher Tolkien

Ambigu ou pas, ce projet de série télé est une surprise. Car les héritiers de J.R.R. Tolkien ne se sont pas privés de dire qu’ils n’aiment pas les films de Peter Jackson. Ils ont aussi été en conflit avec New Line (distributeur de la trilogie du Seigneur des anneaux) et Warner (distributrice de la trilogie du Hobbit) à propos des revenus générés par les films comme leurs produits dérivés. Des affaires qui se sont réglées à l’amiable, à coups de millions de dollars. Dans l’unique interview qu’il a accordée (en 2012, au quotidien Le Monde), Christopher Tolkien, le fils de l’écrivain et son héritier littéraire, avait déclaré : « Peter Jackson a éviscéré l’oeuvre de mon père. » Directeur de la Fondation Tolkien, il est donc clairement opposé à de nouvelles adaptations.

De toute évidence, ce refus de principe n’est pas partagé par tout le monde au sein de la Fondation Tolkien. Une fois le litige réglé avec la Warner, les négociations se sont aussitôt ouvertes. Dans les années 60, J.R.R. Tolkien avait cédé les droits du Seigneur des anneaux et du Hobbit, mais uniquement pour le cinéma. La place restait donc libre pour la télévision, l’accord a été signé. Le montant exact des droits versés à la Fondation n’est pas connu, mais il tournerait autour de 200 millions de dollars. Le 16 novembre, le départ à la retraite de Christopher Tolkien, âgé de 93 ans, a été rendu public. Un acte prévu, mais finalement hautement symbolique.  

Crédit image : John Howe « Les Cavaliers Noirs dans la Comté » (www.john-howe.com) 

 

Force de la nature

La-ligne-rouge-terrence-malickUn rayon de soleil dans les arbres, le vent qui souffle sur des hautes herbes, un crocodile qui se met à l’eau… c’est bucolique, naïf et on a déjà vu ça cent fois. Dans les films de Terrence Malick, et dans La ligne rouge en particulier, ces mêmes images prennent une dimension lyrique. Elles déclenchent une prise de conscience : l’homme est incapable de voir la nature qui l’entoure et de vivre en harmonie avec elle.

Terrence Malick, c’est un cinéaste américain qui tourne peu (neuf films en quarante-quatre ans). Il s’est arrêté de faire du cinéma pendant vingt ans. Il ne se montre jamais, les photos de lui sont rares. Au festival de Cannes 2011, il n’est pas venu chercher la Palme d’or qui venait de lui être attribuée pour The Tree of Life

Sorti en 1999, La ligne rouge s’ouvre donc sur cette réplique en voix off : « C’est quoi cette guerre au coeur de la nature ? » Le film se déroule en 1942, dans le Pacifique, sur l’île de Guadalcanal. Malick filme les combats acharnés, mais il s’intéresse tout autant au cadre extraordinaire qui l’entoure. Arbres, insectes, végétaux, rivières… tout est capté par la caméra, à un tel point qu’on se demande parfois si Malick n’a pas oublié la guerre qu’il est censé filmer.

L’ordre secret du monde

Et puis, au détour d’un plan, on comprend. Une colonne de soldats américains avance au milieu d’une magnifique végétation. La nature est immense, elle a son propre fonctionnement. Malgré son phénoménal pouvoir, l’homme reste peu de chose face à elle. Et la guerre paraît bien absurde dans un environnement aussi beau.

Dans ses précédents films (La balade sauvage et Les moissons du ciel), Terrence Malick avait déjà filmé la nature comme un personnage à part entière. Avec un seul plan sur du blé en train de danser sous l’effet du vent, il fait entrevoir la puissance et l’ordre secret du monde. Une force qui nous entoure et sait très bien fonctionner sans nous.

Dans son film suivant, Le nouveau monde (2005), le cinéaste va encore plus loin. Il raconte l’histoire de Pocahontas, cette princesse de la tribu indienne des Powhatans, tombée amoureuse d’un officier anglais arrivé avec la première expédition de colons en 1607. Il confronte deux modes de vies. D’un côté, celui des Indiens en phase avec la nature, qui s’y adaptent et la respectent. De l’autre, celui des Européens, qui dominent et domestiquent cette même nature. Ils en tirent des merveilles architecturales, mais ils sèment aussi une destruction à peine imaginable.

Ecolo idéaliste, Terrence Malick ? Peut-être. Mais il est surtout un auteur qui réussit une prouesse dans ses films : remettre l’homme à sa place, dans l’ordre d’un monde qui tourne depuis des milliards d’années.

La ligne rouge : actuellement sur Ciné+ Premier.

Deux guerres de retard

SoldatsQuand on tourne un film de guerre, il vaut mieux être à la page. Nous étions soldats, c’est un film de 2002 qui se croit encore dans les années 60. Un récit caricatural qui ose ce que personne n’avait fait depuis Les Bérets Verts de John Wayne : présenter la guerre du Vietnam comme une entreprise héroïque.

Car tout part bien sûr d’une histoire vraie arrivée en 1965. Quatre cents hommes du 7e régiment de cavalerie sont héliportés dans une clairière et se font encercler rapidement par 4000 Vietnamiens. Des soldats américains face à un ennemi beaucoup plus nombreux : Hollywood a toujours été friande de ce genre de sujet, propice aux récits héroïques. Histoire de ne pas lésiner sur les symboles, il ne s’agit pas de n’importe quel régiment : le 7e de cavalerie, c’était l’unité commandée cent ans plus tôt par le général Custer, qui a péri face à des Indiens beaucoup plus nombreux à Little Big Horn.

En soi, le choix du sujet aurait pu ne pas être dérangeant. Une grosse exaltation de l’héroïsme, ça peut passer, à condition d’avoir une réalisation de qualité derrière. Ce qui était par exemple le cas avec Zoulou, le film réalisé par Cy Enfield en 1964. Nous étions soldats est signé Randall Wallace, avec Mel Gibson dans le rôle principal. Les deux hommes se connaissent bien, car ils avaient collaboré sept ans plus tôt sur l’excellent Braveheart : Wallace était scénariste, Gibson réalisateur et acteur principal. Mais depuis, Randall Wallace a réalisé le médiocre L’homme au masque de fer et écrit le pitoyable Pearl Harbor.

Ralenti sur la chaussure

Dans Nous étions soldats, le chef du régiment joué par Mel Gibson est un père de famille exemplaire. On a droit au discours solennel de l’officier à ses hommes avant le départ pour le Vietnam, consensuel et prévisible d’un bout à l’autre. Lorsqu’il arrive sur le champ de bataille, il est évidemment le premier à descendre d’hélicoptère. Randall Wallace n’oublie pas le ralenti sur sa chaussure au moment où il met pied à terre. Pendant les combats, un de ses lieutenants, jeune père de famille, meurt en clamant sa fierté d’avoir donné sa vie pour sa patrie. A la fin, Mel Gibson est bien sûr le dernier à quitter le champ de bataille. Et en face, le commandant en chef nord-vietnamien va même jusqu’à replanter une petite bannière étoilée sur les corps des soldats américains !

Bref, une caricature absolue qui n’a qu’un seul mérite : il s’intéresse aux épouses restées en arrière. Nous étions soldats oublie que depuis Il faut sauver le soldat Ryan (sorti quatre ans plus tôt), il n’est plus possible de filmer la guerre dans ce style héroïsant. C’était à la mode dans les années 60, mais à l’époque, les réalisations était quand même épiques et ne versaient pas dans les ralentis larmoyants. Quant au sujet du Vietnam, la vague des films des années 70-80 a suffisamment marqué l’inconscient collectif pour qu’il paraisse complètement hallucinant qu’on veuille revenir à une vision glorificatrice.

Sur un sujet proche, mieux vaut voir La chute du faucon noir de Ridley Scott. Un film qui véhicule une image valorisante du soldat américain, mais montre quand même la guerre sous un jour plus crédible.

Nous étions soldats : vendredi à 20.40 sur RTL9

Gros plan sur une scène culte

apocnow2Un escadron d’hélicoptères qui attaque un village vietnamien avec la Walkyrie de Richard Wagner à fond dans les hauts-parleurs : cette scène hyper spectaculaire est le moment emblématique de Apocalypse Now, le chef-d’oeuvre de Francis Ford Coppola sorti en 1979. Elle porte en elle tout le propos du film, mais aussi un soupçon d’ambiguïté.

Son premier effet est grisant. Des hélicoptères en vol, c’est toujours impressionnant. Tout un escadron, n’en parlons pas. Le chef de cette unité s’appelle le lieutenant-colonel Kilgore. Incarné par un Robert Duvall au meilleur de sa forme, il est un extraordinaire personnage de cinéma, avec sa dégaine (torse nu avec un chapeau mode guerre de Sécession) et ses répliques (il aime l’odeur du napalm le matin).

En regardant de plus près, il est vite évident que cette scène ne peut pas se lire au premier degré mais qu’en réalité, elle véhicule un point de vue très critique sur la guerre américaine au Vietnam. La fameuse unité d’hélicoptères est chargée de convoyer jusqu’à l’embouchure d’un fleuve un patrouilleur de l’US Navy, qui emmène le capitaine Willard (Martin Sheen) pour une mission secrète où il doit tuer le colonel Kurtz (Marlon Brando).

Etat de démence

Un simple convoyage, donc, qui impose que l’escadron de cavalerie aéroportée se rende maître du village pendant le temps nécessaire. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il y met les moyens. Attaque aérienne à grands coups de roquettes, mitraillage systématique de tout ce qui paraît constituer une menace… Les défenseurs armés du village sont vite réduits à l’impuissance, mais les habitants, eux, sont en première ligne et doivent trouver un goût amer à ce qui est censé être une guerre pour le monde libre.

Sur les plans de coupe, on voit le visage des soldats américains filmés dans un état de quasi démence. Et cette idée d’annoncer sa venue avec la Walkyrie de Wagner, c’est aussi une forme de démence et en même temps le summum de l’arrogance. Kilgore est un modèle d’officier pour l’état-major qui, pour le coup, n’est pas dérangé par ses méthodes expéditives. Dès lors, comme le dit Willard plus loin dans le scénario : « Je me demande ce que l’état-major reproche vraiment à Kurtz. Pas la folie et le meurtre car ça, il y en avait partout. »

Film antimilitariste

Grand moment sur la démence humaine, la scène des hélicoptères résume à elle seule tout le propos antimilitariste du film. Du point de vue de Coppola, la guerre du Vietnam est une odyssée sanglante d’une totale inutilité. Et le colonel Kurtz est l’expression extrême de cette dérive, un délire meurtrier clairement exprimé là où l’état-major américain n’assume pas ce qui relève pourtant du même délire.

S’il critique la guerre, Coppola appuie tout de même son propos… sur le spectacle fascinant qu’est la guerre. La scène des hélicoptères est celle qu’on a envie de mettre à pleins tubes sur son Home Cinéma. Le cinéaste s’est mis au bord de la ruine pour pouvoir terminer son film, il avait absolument besoin d’un succès commercial. Comme il l’a dit lors d’interviews, il a pensé le montage pour que Apocalypse Now soit bien perçu comme un film de guerre et d’action, alors qu’il avait déjà une portée philosophique, renforcée par la version longue « Redux » de 2001.

Ambigu ou pas, Apocalypse Now a largement contribué à rendre obsolètes les films de guerre traditionnels à la mode des années 50 à la fin des années 70. Et presque quarante ans après sa sortie, il garde toute sa puissance.

Apocalypse Now Redux : dimanche 17 septembre à 20.55 sur Arte

Suspension d’incrédulité

speedPour qu’on y prenne plaisir, un film doit-il obligatoirement être réaliste ? Sorti en 1994, Speed est une belle démonstration du contraire. Son pitch se fonde sur une idée impossible dans la réalité. Mais il est tellement bien emballé qu’on se fiche de savoir si c’est réaliste ou pas. C’est le contrat de base au cinéma : le temps d’un film, on met de côté sa rationalité et on profite du spectacle. C’est ce qu’on appelle la suspension d’incrédulité, aussi évoquée par le personnage de Sharon Stone dans Basic Instinct.

Dans Speed, donc, un bus se fait piéger par une bombe. S’il accélère au-dessus des 50 mph (soit 80 km/h), la bombe est armée. S’il ralentit au-dessous des 50 mph, la bombe explose. Simple. Sauf qu’il s’agit d’un bus des transports en commun de l’agglomération de Los Angeles. Rouler à 80 km/h avec des véhicules comme ça, c’est possible uniquement sur des voies rapides. Et là, le bus est en ville, négocie des virages serrés, manque de tomber sur le côté dans un de ces virages et, clou du show, saute par-dessus un pont inachevé. Autant de prouesses absolument inconcevables sans descendre sous les 80 km/h.

Enjeux dramatiques et morceaux de bravoure

Et pourtant, Speed est un pur concentré de suspense, qui tient en haleine jusqu’au bout. Pourquoi fonctionne-t-il aussi bien ? Parce qu’il commence par poser des enjeux dramatiques. Comme on peut le voir au tout début du film, le poseur de bombes (Dennis Hopper) connaît son affaire et sait anticiper la réaction des policiers, à commencer par celles de l’as athlétique joué par Keanu Reeves. C’est une des règles de base d’un bon scénario : si le « bad guy » est trop facile à coincer, l’histoire n’a aucun intérêt. Ensuite, Le bus piégé est rempli de passagers à sauver, à commencer par la jolie Sandra Bullock, qui jouait le rôle qui l’a révélée. Elle conduit le bus, ce qui fait en plus d’elle un jolie héroïne active, à qui on peut s’identifier, vu qu’elle n’est qu’une passagère au départ. Madame Tout-Le-Monde.

Après, la réalisation de Jan De Bont (chef opérateur jusque-là, ici aux commandes de son premier long-métrage) fait le reste. Speed a tout ce qu’il faut de morceaux de bravoure, des cascades bien réglées, des effets visuels qui tiennent la route et un rythme qui ne faiblit pas.

Avec tout ça, on a tous les éléments d’un bon spectacle et on oublie donc vite le fait que les acrobaties du bus sont pas réalistes du tout. Après, d’autres cinéastes sont capables de concilier réalisme et spectacle intense, comme Peter Weir dans Master and commander, James Cameron dans Titanic ou Paul Greengrass dans ses Jason Bourne. Mais la priorité, c’est bien la suspension d’incrédulité. Au fait, dans Star Wars, la vitesse lumière et l’hyperespace, ça existe pas. Mais on s’en fout. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si Luke Skywalker deviendra bien un Jedi et si la Rébellion réussira à vaincre l’Empire.

Speed : mardi 5 septembre à 2045 sur Ciné+ Frisson


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