Terreurs spatiales

Alien sagaAlors que Alien Covenant vient juste de sortir en salles, petit tour d’horizon de la célèbre saga inaugurée en 1979, qui a produit des grands films, mais aussi des accidents industriels et qui redémarre depuis 2012 avec un intérêt très discutable. Dans l’espace, tout le monde vous entendra crier, finalement.

Alien, le huitième passager (1979)

Le chef-d’oeuvre fondateur. Tout d’abord, le Xénomorphe, ce monstre stupéfiant né de l’imaginaire torturé de l’artiste suisse H.R. Giger (décédé en 2014). Une créature mystérieuse, majestueuse, d’autant plus effrayante que son cycle de reproduction est celui du parasite ultime. Le corps humain n’est plus qu’une coquille jetable. Hommes et femmes sont touchés indifféremment. Avec sa symbolique sexuelle prononcée, le monstre est profondément dérangeant. Et en plus, il est quasi invincible, à la fois par son capacité à se camoufler et par son sang acide. A l’époque, personne n’avait jamais rien vu de tel. Presque quarante ans plus tard, personne n’a su inventer quelque chose de comparable.

Si on ajoute les somptueux décors conçus par Ron Cobb et H.R. Giger, une équipe impériale de sept acteurs (Sigourney Weaver y joue le rôle qui l’a révélée), la musique envoûtante de Jerry Goldsmith et enfin la réalisation magistrale de Ridley Scott, on a tous les éléments du classique instantané. Le cinéaste britannique, dont c’était le deuxième film (après Duellistes en 1977) a su parfaitement jouer sur la lenteur, sur l’ambiance rustique du Nostromo (le cargo spatial où est situé le film) et sur la quasi invisibilité du monstre.

Aliens, le retour (1986)

Une suite d’une grande intelligence trop souvent assimilée à un simple déluge d’action, façon « Rambo femme chez les extraterrestres ». Car James Cameron, qui venait alors de tourner le premier Terminator, n’est pas du genre à se contenter à jouer au petit soldat. De l’action, il y en a effectivement beaucoup. Le cinéaste réussit à sortir de la lenteur du premier film sans pour autant dénaturer les monstres. Il invente au passage une figure mémorable, que H.R. Giger lui-même n’avait pas créée, celle de la reine alien.

James Cameron profite aussi de l’occasion pour élargir l’univers entrevu dans le premier film. Il en dit plus sur la toute-puissante multinationale du futur, la Weyland-Yutani, le véritable monstre de l’histoire déjà esquissé dans l’opus originel. Comme le dit Ripley : « Je ne sais pas quelle espèce est la pire. Eux, au moins, vous ne les voyez pas s’enc… pour un foutu pourcentage. »  Le cinéaste développe donc la dimension anticapitaliste de la saga. Et il glisse aussi une note sur l’inutilité des interventions militaires : même surentraînés, les Marines ne peuvent rien face à des monstres qu’ils ne connaissent pas.

Mais ce que James Cameron réussit surtout, c’est de faire d’Ellen Ripley une héroïne moderne. Aliens, le retour a tout d’une oeuvre féministe. Même quand ils sont efficaces et compétents (comme Hicks), les hommes échouent. Le salut vient des femmes.

Alien 3 (1992)

L’oeuvre maudite, née dans la douleur, reniée par son réalisateur David Fincher, dont c’était le premier long-métrage. Les raisons sont connues : la pression imposée par la 20th Century Fox, qui a poussé Fincher à claquer la porte à la fin du tournage. Malgré toutes ces vicissitudes, Alien 3 est un film somptueux, d’une noirceur absolue, qui pousse jusqu’au bout le concept nihiliste de la saga. S’il est bien un endroit où l’idée du capitalisme tout-puissant, désireux de récupérer les aliens pour en faire des armes, prend tout son sens, c’est bien dans cette prison isolée. Magnifiquement réalisé et interprété, ce troisième opus est un requiem douloureux mais émouvant.

Alien, la résurrection (1997)

Ripley étant morte à la fin du 3, ce quatrième film avait tout du projet casse-gueule. Sa première réussite, c’est d’avoir un scénario crédible (signé Joss Whedon), qui permet de faire évoluer le sujet de manière cohérente, tout en convoquant de manière intéressante le mythe de Frankenstein. La Weyland-Yutani n’est plus, mais des scientifiques profitent d’une occasion donnée par le clonage pour recréer les aliens (et, accessoirement, Ripley). Mais comme toujours, le processus qu’ils pensent maîtriser leur échappe. Remplacer le pouvoir de l’argent par celui des apprentis-sorciers, l’idée se tient. Appelé par la 20h Century Fox pour réaliser ce quatrième film, Jean-Pierre Jeunet s’en tire avec les honneurs.

Alien vs Predator (2004)

Adapter le jeu vidéo à succès, c’était forcément tentant pour la 20h Century Fox. Vouloir intégrer le récit dans l’ensemble de la mythologie Alien, l’idée pouvait fonctionner. Mais confier la réalisation à Paul W.S. Anderson (aux commandes de Mortal Kombat et Resident Evil), c’était beaucoup moins judicieux. Car tout intérêt que pouvait avoir le scénario passe à la trappe dès que commencent les combats. Des scènes d’un tel ridicule qu’elles en torpillent deux monstres mythiques du cinéma contemporain.

Aliens vs Predator : Requiem (2007)

Malgré l’avalanche de critiques qu’il a essuyées, Alien vs Predator a quand même été un succès. Du coup, la 20h Century Fox a remis le couvert, avec cette suite signée par les frères Colin et Greg Strause. Elle évite le ridicule absolu mais n’est pas satisfaisante pour autant. Car aussi bien l’Alien que le Predator perdent toute aura et sont réduits à des bestioles très ordinaires de série B. Seule (petite) satisfaction : la présence de Reiko Aylesworth, vue dans 24 heures chrono.

Prometheus (2012)

Le retour de Ridley Scott. Un projet très ambitieux qui retourne aux origines de la saga, bien avant les événements du Alien de 1979. Sur le papier, la démarche est séduisante. Le scénario ouvre des horizons nouveaux à la mythologie Alien et l’élargit considérablement. Les Xénormorphes ne seraient donc qu’un maillon dans une chaîne beaucoup plus ancienne et les vrais démiurges ne sont pas ceux que l’on croit. Mais avec Damon Lindelof (un des auteurs de Lost) au scénario, tout ce potentiel est tué dans l’oeuf. Car l’homme est le grand spécialiste des mystères soulevés en pagaille et laissés en suspens. L’intrigue de Prometheus vire donc à l’embrouillamini confus, pas du tout à la hauteur de ses prétentions. Certes, les acteurs sont bons (Michael Fassbender surtout) et la réalisation est belle. Mais on ne peut que se demander pourquoi Ridley Scott s’est montré aussi peu exigeant avec le scénario.

Alien Covenant (2017)

Cette fois, plus de prétentions métaphysiques élevées. Un scénario simple qui reprend la trame du Alien de 1979. En fait, trop simple. Car tout ce qui faisait la spécificité du Xénomorphe (majesté, lenteur, invincibilité) est évacué au profit de raccourcis dommageables. Le monstre sera-t-il aussi effrayant si son fonctionnement est simplifié à ce point-là ? Le film raconte l’origine des Xénormorphes, mais l’explication est frustrante car trop courte et pas à la hauteur de créatures aussi imposantes (« j’admire sa pureté », disait l’androïde Ash dans le premier film). Le personnage de l’androïde David est fascinant, mais sous-exploité. Là encore, la réalisation est belle, mais Ridley Scott a l’air toujours aussi peu regardant sur la qualité des scénarios qui lui sont donnés. Et ce faisant, il fait prendre conscience que remonter aux origines des créatures imaginées par H.R. Giger n’est finalement pas une si bonne idée que ça. Car leur aura est beaucoup liée à leur mystère.

Alien Covenant : actuellement en salles. Saga Alien : actuellement sur Ciné+ Frisson.

L’expiation de Mel Gibson

passion Tourné en araméen et en latin, très proche des textes de l’Evangile, La Passion du Christ est une reconstitution historique impressionnante. Mais ce troisième film de Mel Gibson derrière la caméra dérange par la manière dont il dépeint la souffrance physique.

Sorti en 2004, le film est fidèle à son titre : il suit en effet les dernières heures de la vie du Christ (incarné par Jim Caviezel), depuis la trahison de Judas jusqu’à la crucifixion et sa résurrection. Tous les passages attendus y sont : l’arrestation par les Romains, la condamnation par Ponce Pilate, la flagellation, le chemin de croix… Les langues anciennes sont ressuscitées avec soin. Mel Gibson savait qu’il ne pouvait pas se contenter de tourner le film en anglais.

Interminable flagellation

Le souci, c’est la scène de la flagellation. Bien plus longue que dans les Evangiles, elle s’attarde à outrance sur la souffrance physique. On voit les bouts de chair emportés par le fouet ou le sang laissé par la couronne d’épines sur la tête. Du coup, on repense à la scène de torture dans Braveheart, elle aussi assez longue (même si moins violente) : elle était filmée comme si William Wallace devait expier quelque chose par la souffrance. Et dans La Passion du Christ, cette interminable flagellation apparaît aussi comme un passage obligé. 

En fait, c’est comme si Mel Gibson, fervent catholique, concevait la souffrance comme nécessaire. Un point de vue sur lequel il est revenu dans son récent Tu ne tueras point où, cette fois, un homme veut tellement s’affranchir d’une violence héréditaire qu’il la brave et choisit de sauver ses semblables plutôt que de perpétuer cette violence.

La Passion du Christ : actuellement sur OCS Max

L’armure fêlée

American SniperAmerican Sniper, c’est l’histoire vraie d’un tireur d’élite américain en Irak, surnommé « La légende ». Avec un sujet pareil, il est tentant de croire que le film est une ode à la gloire des soldats de l’Oncle Sam, façon super-héros indestructibles : un modèle dont Hollywood raffole. Mais Clint Eastwood est un cinéaste beaucoup trop subtil pour se laisser aller à ce genre de clichés.

Incarné par un remarquable Bradley Cooper, le personnage a donc existé dans la vraie vie. Il s’appelait Chris Kyle, il faisait partie des Navy Seals (le commando d’élite de l’US Navy), il a 160 morts reconnus pendant la guerre d’Irak et il a été assassiné à 39 ans par un ancien Marine souffrant du syndrome de stress post-traumatique. Bref, le héros de propagande parfait, croyant, et pas du genre à avoir des états d’âme.

En le filmant, Clint Eastwood a respecté tous ces traits du personnage. S’il s’était arrêté là, il aurait été dans la droite ligne du caricatural Nous étions soldats ou même de John Wayne lorsqu’il réalisait Les Bérets verts. Mais Eastwood montre son personnage dans la durée, en Irak mais aussi de retour chez lui. Il gratte l’armure du super-soldat et finit par faire apparaître ses fêlures.

Ce soldat n’était pas programmé pour défaillir

Dans une scène-clé où il se confie à un psy, l’homme récite son credo. Il assume ses actions, il est fier du rôle qu’il a joué. Mais Eastwood le filme de telle façon qu’on se rend compte qu’en réalité, Chris Kyle dit tout cela avant tout pour se justifier vis-à-vis de lui-même, et pour ne pas avoir à admettre que la guerre a laissé des traces sur lui, et que lui aussi peut souffrir du syndrome post-traumatique. Ce soldat-là n’était pas programmé pour défaillir, et constater que ça lui arrive quand même est douloureux.

Si concentré qu’il soit sur son personnage, Eastwood n’en profite pas moins pour se montrer critique sur la présence américaine en Irak, sur l’inutilité d’une guerre dont les morts sont relevés sans cesse. Point d’orgue de l’action, le duel entre Chris Kyle et un tireur d’élite irakien apparaît comme un acte d’une immense futilité.

Après, on pourra tout de même s’interroger sur le sens de la scène finale, qui montre les obsèques du vrai Chris Kyle. Avec ces images, Eastwood a l’air de restaurer d’un coup la légende (ou plutôt le mythe national) qu’il avait si patiemment démontée. Mais ce qui restera de toute façon, c’est son point de vue nuancé, certes très américain, mais tout sauf un manifeste façon Chuck Norris.

American Sniper : actuellement sur Ciné+ Premier 

Le roi de l’île

KongEn attendant de savoir si Kong, Skull Island (en salles depuis le 8 mars) a un quelconque intérêt, on peut déjà se replonger dans deux des trois King Kong. La version de 2005 signée Peter Jackson est en effet rediffusée ce mardi 13 mars sur France 4. Celle réalisée en 1976 par John Guillermin, repassera sur Action le 17 mars. Evidemment, la référence indépassable reste le monument de 1933.

Le film de Merian C. Cooper et Ernest Schoedsack était non seulement un modèle de récit d’aventures, mais aussi dans l’utilisation des effets spéciaux en « stop-motion » (animation image par image). Il dégageait une vraie poésie et réécrivait à sa manière l’histoire de la Belle et la Bête. Aujourd’hui encore, le King Kong de 1933 est un des meilleurs films de genre jamais réalisés. A lui seul, il a suffi à faire rentrer dans l’histoire du cinéma Fay Wray, son actrice, même si elle a joué juste avant dans Les chasses du comte Zaroff, déjà sous la direction de Ernest B. Schoedsack.

Oeuvre fondatrice

King Kong, c’est un moment fondateur dans la cinéphilie du Néo-Zélandais Peter Jackson, une des raisons qu’il cite fréquemment pour expliquer son envie de devenir cinéaste. Avant même de réaliser la trilogie du Seigneur des anneaux, il voulait déjà signer son remake. Un projet auquel il a dû renoncer au milieu des années 90, avant d’y revenir à partir de 2003. 

Sorti en 2005, son King Kong est deux fois plus long que l’originel (3h au lieu de 1h30), mais n’en reste pas moins à la fois un film moderne et un très bel hommage. Le récit reste le même, mais Peter Jackson profite de la technologie pour se lâcher dans des scènes d’action à couper le souffle, comme cette haletante baston sur des lianes entre Kong et des T-Rex passablement énervés.

L’envie de se faire plaisir

A côté, le cinéaste se sert aussi de la technologie pour moderniser à bon escient le gorille lui-même. Le Kong que l’on voit dans son film existe grâce au procédé de la « performance capture », qui consiste à barder un comédien de capteurs (jusque sur son visage). Le personnage numérique ainsi élaboré a toutes les subtilités d’un vrai comédien. Pour une animation créée à 100% par ordinateur, les expressions sont plus limitées. C’est l’Anglais Andy Serkis, pionnier du procédé qui avait joué Gollum dans Le seigneur des anneaux, qui interprète Kong : son expertise fait merveille. Avec l’impeccable Naomi Watts, la romance fonctionne sans souci.

En fait, le King Kong de Peter Jackson respire une vraie passion du cinéma, et l’envie de se faire plaisir. Même si certains effets visuels (la fuite des héros pour éviter d’être piétinés par des dinosaures) ont vieilli, le film se regarde toujours avec un plaisir certain. 

A côté, la version de 1976 n’a pas autant de classe, sans être ratée pour autant. Plus impersonnelle que les deux autres, elle a tout de même comme mérite de rester le film qui a fait découvrir la superbe Jessica Lange. Et paradoxalement, le fait d’avoir déplacé la scène finale de l’Empire State Building aux tours du World Trade Center n’est pas si dérangeant. Dans cette version, Kong est animé par le biais de l’Animatronic : une vingtaine d’opérateurs le font bouger. Un procédé éprouvé, mais plus contraignant que la « stop-motion » de 1933 ou la « performance capture » de 2005.

King Kong : la version de 2005 mardi 13 mars à 23.00 sur France 4, la version de 1976 vendredi 17 mars à 9.25 sur Action.

Coups de feu

collateralLes scènes de fusillade, c’est une des signatures du surdoué Michael Mann. Celle de Collateral (2004) est d’autant plus impressionnante qu’elle se passe dans un espace clos (une boîte de nuit), au son d’une musique entêtante, dans la lumière bleutée si caractéristique du cinéaste. Tout le film est tourné en vidéo haute définition, ce qui donne aux ambiances nocturnes une tonalité bien particulière : on n’a pas l’habitude au cinéma d’évoluer dans des luminosités aussi faibles. Alors que l’action se passe au milieu d’une foule, les images restent d’une lisibilité extrême.

Naturellement, cette scène est l’écho de celle, tout aussi mémorable, de Heat (1995), tournée dans le centre-ville de Los Angeles. Et même si elles n’atteignent pas le même degré d’intensité, celles de Miami Vice (2006) et Hacker (2015) ont aussi une vraie pureté dans leur style. Les quatre films ont en commun d’être des thrillers, genre que le cinéaste américain ne cesse de dépoussiérer.  

Pour Michael Mann, les scènes de fusillade sont une parfaite occasion de démontrer (si besoin était) sa virtuosité. Mais il serait abusif de penser qu’elles ne sont là que pour ça, pour satisfaire un public en mal d’action. Car les films de Michael Mann sont avant tout des histoires d’hommes, d’affrontements entre des styles a priori incompatibles. Dans Collateral, c’est un tueur à gages du secteur privé (Tom Cruise) face au chauffeur de taxi (Jamie Foxx) qu’il oblige à le conduire pour exécuter cinq contrats. Chacun se jauge, lâche ses coups avec ce qu’il a. Il est donc logique que l’affrontement verbal (ou à distance, comme dans Heat) finisse par culminer dans quelque chose de beaucoup plus physique.

En fait, c’est comme si les thrillers de Michael Mann étaient des westerns urbains, modernes et destructeurs.

Collateral : samedi 11 mars à 22.40 sur OCS Choc

Une star à bord

MASTER &COMMANDER ¥ ONE SHEET COMP _  H.2 ¥ 6/04/03.psdSorti fin 2003, Master and commander : de l’autre côté du monde ne compte qu’une seule star de premier plan à son générique : Russell Crowe. Certes, deux autres de ses acteurs sont tout sauf des inconnus : Paul Bettany et Billy Boyd. Mais rien de comparable à la stature de celui qui s’était révélé dans le monde entier quatre ans plus tôt grâce à Gladiator. Ces choix de casting démontrent à quel point le réalisateur Peter Weir et son scénariste John Collee ont parfaitement compris l’histoire qu’ils avaient à raconter.

Adapté des romans de Patrick O’Brian, Master and commander raconte en effet l’odyssée du HMS Surprise, une frégate de la Royal Navy de 1805, qui a pour mission de traquer et neutraliser l’Achéron, un corsaire français. Russell Crowe incarne Jack Aubrey, le commandant du HMS Surprise. Or, à bord d’un navire militaire, et encore plus en temps de guerre, le commandant, c’est le dieu du bord. La voix suprême et incontestée de l’autorité, la référence pour chaque homme, matelot ou officier.

La star, donc, qui n’exprime jamais ses doutes devant ses hommes. Un statut clairement à part, que même le premier lieutenant (très bon James D’Arcy) ne peut pas égaler. Dès lors, un acteur comme Russell Crowe, qui surpasse autant tous ses partenaires en termes de célébrité et d’assise à Hollywood, était parfaitement en adéquation avec le personnage.

Le médecin, l’autre homme à part

Evidemment, il serait injuste de reléguer Paul Bettany à un statut d’anonyme. Le comédien britannique avait joué dans des films comme Kiss Kiss (Bang Bang), Chevalier ou encore Un homme d’exception. Et depuis, on l’a revu dans Da Vinci Code et Margin Call. Un acteur expérimenté, à la classe évidente, mais pas une tête d’affiche : la combinaison idéale pour jouer le médecin du bord, fidèle ami de Jack Aubrey. Le médecin est aussi un personnage au statut particulier, mais pas la star du bord comme peut l’être le commandant.

Quant à Billy Boyd, il était auréolé par le triomphe du Seigneur des anneaux (où il incarne le Hobbit Pippin) : Master and commander est sorti sur les écrans en même temps que Le retour du roi, le troisième volet de la trilogie de Peter Jackson. L’acteur écossais joue le barreur du HMS Surprise : un personnage évidemment indispensable à la bonne marche du navire, mais relativement peu présent dans le film.

Ce qui a séduit dans Master and commander, c’est la remarquable authenticité dont il fait preuve, dans ses personnages et sa reconstitution d’époque. Et le choix des acteurs est un excellent témoignage de cette réussite.

Master and commander : dimanche 12 février à 20.40 sur RTL9

La loi de la haine

dernier jourHabitué des sujets qui font mal, Amos Gitai n’allait pas se contenter d’une simple reconstitution historique. L’assassinat du Premier Ministre israélien, le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv, suffit pourtant pour fournir la matière à un palpitant thriller. Une mission dont le cinéaste de Kadosh, Kippour et Free Zone s’acquitte impeccablement. Mais il en profite surtout pour dresser un tableau terrible, totalement d’actualité : la mécanique de la haine qui a rendu ce meurtre possible.

La dramatique soirée du 4 novembre 1995, le cinéaste la filme dans un style plein de tension. Il l’entrecoupe avec de longues séquences de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le crime. Plus exactement, sur les défaillances opérationnelles. L’emploi même de ces termes dans le scénario est déjà accablant pour l’enquête officielle : elle ne s’est intéressée qu’à des aspects purement techniques, et surtout pas au contexte politique qui a permis un tel acte.

Des prêches d’une violence inouïe

Sur cette base narrative, Amos Gitai ajoute d’autres scènes montrant des prêches d’une violence inouïe dans certaines synagogues, et une séquence qui laisse pantois :  une psycho-clinicienne y analyse le plus calmement du monde le cas d’Yitzhak Rabin comme étant celui d’un homme schizoïde et déficient mental. Mais le plus impressionnant, ce sont les authentiques images d’archives, celles des manifestations tenues à l’époque contre le processus de paix, assimilant le Premier Ministre israélien à un officier SS. Des éléments  montés avec une telle fluidité dans le film qu’on est tenté d’oublier qu’ils sont documentaires. 

Dans ces images, on redécouvre Benyamin Netanyahu, l’actuel Premier Ministre israélien, que la veuve de Rabin avait directement mis en cause juste après la mort de son mari, comme étant un des artisans de ce climat de haine. Et on ne peut s’empêcher d’être troublé par le fait que cette mécanique existe toujours, et qu’elle est même plus vivace que jamais. 

Avec ce film, Amos Gitai met son pays face à ses responsabilités. Dans une interview à Télérama, il avait dit : « Le seul homme politique qui pose une alternative à Netanyahu est un homme mort : c’est Yitzhak Rabin. » Dire que ce constat est effrayant est un euphémisme. Mais le pire, c’est que le film est sorti en Israël dans une indifférence quasi complète.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : sur Canal+ à 1.35 dans la nuit du jeudi 2 an vendredi 3 février 

Splendide, mais inabouti

assassins-creed-film-michael-fassbender-affiche- Adapter un jeu vidéo au cinéma, c’est un exercice périlleux où les réussites sont rares. Pour Assassin’s Creed, c’est l’éditeur Ubisoft lui-même qui s’est chargé de la mission, via une filiale spécialement créé pour ça. Le film raconte comment un condamné à mort se voit offrir une seconde chance par une grosse société. En échange, elle exige de lui qu’il aille récupérer un objet sacré dans l’Espagne de 1492, grâce à l’Animus, une sorte de système de réalité virtuelle qui permet de se mettre dans la peau d’un de ses ancêtres.

Le film captive d’emblée par sa reconstitution d’époque et son ambiance mystérieuse. Les décors sont soignés, les plans sont beaux, on y croit. Son deuxième atout, c’est Michael Fassbender, qui démontre avec une tranquillité fascinante l’étendue de sa classe. L’acteur éclipse sans problème une Marion Cotillard sous-exploitée. Et si on apprécie toujours de revoir Jeremy Irons, le Français Denis Ménochet sait se montrer imposant.  

Malgré toutes ses qualités, Assassin’s Creed laisse un goût d’inachevé. Les effets spéciaux sont ratés dans les scènes l’on voit Michael Fassbender à la fois dans le présent (installé sur l’Animus) et en 1492. Et ça a pour effet malvenu de redonner au film un goût de jeu vidéo. Par ailleurs, si l’univers dévoilé est fascinant, le scénario se contente de l’effleurer. On voudrait en savoir plus sur ces guerres secrètes entre confréries. Mais le film est guidé avant tout par ses scènes de baston, le reste servant d’habillage. Un habillage riche et beau mais là encore, on sort du cinéma pour revenir dans le jeu vidéo.     

Assassin’s Creed, c’est donc un projet qui n’est pas allé jusqu’au bout : celui de s’approprier un univers pour le réécrire dans un langage différent. Mais il est quand même suffisamment bien mené pour qu’on ne s’y ennuie jamais.  

Assassin’s Creed : en salles le 21 décembre

Des deux côtés de la Force

Star WarsDifficile de parler de Star Wars sans que ça devienne passionnel. A titre personnel, je suis un fan de longue date, même si je considère qu’à l’exception de L’Empire contre-attaque, ces films n’ont rien d’exceptionnel sur un plan purement cinématographique. Toujours est-il que la sortie en salles de Rogue One : A Star Wars Story, le premier spin off de la saga, et la diffusion des sept films sur les chaînes Canal+ sont une excellente occasion de tenter (succinctement) de faire preuve d’un peu de recul. Revue de détail, dans l’ordre du récit.

Star Wars : La menace fantôme (1999)

C’est clairement le film le plus faible et ses défauts évidents ont fait couler beaucoup d’encre. Jar Jar Binks en tête, le comparse comique conçu pour plaire aux enfants, et qui a surtout pour effet d’infantiliser le film et d’énerver (presque) tout le monde. Ensuite, les autres personnages, bien trop sommaires, au point que les comédiens ont l’air de s’ennuyer. Visiblement, Liam Neeson n’a pris plaisir que dans les duels au sabre-laser. Deux exceptions à ce constat : Natalie Portman, encore très jeune mais consciencieuse et irréprochable. Et Ian McDiarmid, parfait de suavité politicienne. Autre faiblesse : les effets numériques, aujourd’hui dépassés, et au rendu assez impersonnel.

Le film est-il bon à jeter pour autant ? Quand même pas. Car l’univers proposé reste foisonnant. Les duels au sabre-laser sont splendides, tout comme la musique de John Williams. Et si les personnages manquent d’épaisseur, le scénario aborde tout de même des pistes intéressantes : les failles de la République et surtout l’incapacité des Jedi à se remettre en question, ce qui préfigure leur perte. 

Star Wars : l’attaque des clones (2002)

Un mieux certain. L’ambiance de complot politique ne manque pas d’intérêt : on se croirait presque dans la Rome antique. Encore une fois, Ian McDiarmid est génial, tout en fausse compassion, dans son art de manipuler sous un masque d’affabilité. Désormais dans un registre plus adulte, Natalie Portman convainc dans la peau d’une sénatrice combative. Les Jedi sont moins impersonnels. Beaucoup critiqué, Hayden Christensen n’est ni transparent, ni renversant : il s’en tire correctement, point. Le gros apport du film, c’est Christopher Lee, dont la légendaire stature joue pleinement. Côté action, les scènes spectaculaires ne manquent pas. Et pour les effets numériques, ILM a fait un superbe travail avec les décors urbains de Coruscant et l’usine de droïdes de Geonosis.

Après, pourquoi la satisfaction n’est pas totale ? D’abord parce que l’histoire d’amour entre Padmé et Anakin est écrite dans un style Petite maison dans la Prairie qui fait sourire. Ensuite,  parce que certains effets numériques sont ratés (la mer sur Kamino, le ciel de Geonosis). Enfin, parce que la grande bataille avec deux cents Jedi est décevante (… ils se font descendre comme des mouches).

Star Wars : la revanche des Sith (2005)

Avec son beau plan-séquence d’ouverture et les 20 minutes non-stop d’action intense qui suivent, ça démarre fort. Ensuite, l’ambiance de pays en guerre captive. La fin de la République et la destruction de l’ordre Jedi ont une résonance douloureuse : George Lucas a bien retenu les exemples historiques qui l’ont inspiré, et s’il n’a rien de nouveau, le propos trouve toujours un écho une décennie plus tard. Dès lors, le pacte faustien d’Anakin Skywalker fascine, encore une fois grâce au mensonge séducteur de Palpatine

Dommage, malgré tout, que les Jedi meurent de manière ridiculement facile, sauf Mace Windu, grâce à la demande de Samuel L. Jackson d’avoir un fin plus spectaculaire. 

Star Wars : un nouvel espoir (1977)

Les défauts de George Lucas réalisateur n’étaient-ils pas les mêmes sur la « prélogie » de 1999-2005 que sur ce film originel ? Notamment au début, où les déboires de C3PO et R2D2 dans le désert traînent en longueur. Il n’empêche, cet Episode IV a quand même toutes les clés pour comprendre le succès de Star Wars : son inspiration mythologique (Le héros aux mille visages de Joseph Campbell), ses personnages charismatiques (Han Solo surtout), ses répliques et un spectacle visuel qui tient toujours la route presque quarante ans plus tard. 

Star Wars : l’Empire contre-attaque (1980)

Le film qui a fait de Star Wars un mythe culturel. Le mieux écrit, le mieux réalisé, ce qui a mis en relief un paradoxe : George Lucas est un remarquable concepteur d’univers, mais il n’est pas le meilleur pour concrétiser ses propres idées. Ici, c’étaient le producteur Gary Kurtz et le réalisateur Irvin Kershner. Cet Episode V, en tout cas, est une réussite totale : les rebondissements du scénario (toujours ancré dans la mythologie), les multiples scènes cultes, l’extraordinaire duel au sabre-laser entre Dark Vador et son fils, l’inoubliable Marche Impériale de John Williams…

Star Wars : le Retour du Jedi (1983)

George Lucas a renvoyé son producteur Gary Kurtz et ça se sent : les Ewoks sont des gentilles peluches, mais qui font quand même un peu tache.  Même les Jawas de l’Episode IV avaient l’air plus sérieux. La saga s’éloigne de ses inspirations mythologiques pour aller sur le terrain de la quête du père et de la rédemption. Et c’est là que se situe l’intérêt essentiel du film : la confrontation entre Luke Skywalker, Dark Vador et l’Empereur. Soit dit en passant, remplacer le visage de Sebastian Shaw (qui joue Anakin âgé) par celui de Hayden Christensen dans la version remasterisée est non seulement irrespectueux, mais surtout un contresens sur le personnage. Si Luke a ramené son père du bon côté de la Force, cela ne veut pas dire que Dark Vador n’a jamais existé. C’est ça la rédemption : racheter son passé, pas l’effacer des tablettes.

Star Wars : le Réveil de la Force (2015)

On peut légitimement critiquer le manque d’inventivité du scénario, complètement calqué sur celui de l’Episode IV. Cela étant, la saga a tout de même évolué : Han Solo, Leia et Luke étant désormais âgés, ils se retrouvent face à une nouvelle génération qu’ils ne peuvent pas contrôler. Et c’est là où le film est intéressant : le portrait d’une famille qui n’a pas pu éviter les déchirements. Comme si les Skywalker portaient en eux-mêmes leur propre malédiction. Le Réveil de la Force est le premier Star Wars de l’ère Disney. Logiquement, il fallait s’attendre à ce qu’il tue le père : George Lucas bien sûr, mais pas seulement. Choquant ? Un héros doit-il mourir ? Un père peut-il éviter d’être dépassé et supplanté ?

Rogue One : A Star Wars Story (2016)

Le premier spin off, complètement assumé. D’abord par son changement de style, plus réaliste, façon film de guerre. Ensuite, par son histoire, celle de la mission impossible du commando chargé de dérober les plans de l’Etoile Noire. On quitte les princesses et les chevaliers, mais ça n’empêche pas le film d’établir des ponts avec le tournant que reste l’Episode IV.

Saga Star Wars : actuellement sur les chaînes Canal+  

Largo largué

largo winch 2 bisQu’est-ce qui fait de Largo Winch un personnage à suspense ? Que faut-il garder de lui pour que son adaptation au cinéma soit une réussite ? Le héros des BD de Jean Van Hamme et Philippe Francq, c’est un jeune homme sorti de nulle part qui se retrouve à 26 ans à la tête d’un empire de 10 milliards de dollars. Le premier enjeu est là : réussir à s’imposer face à toute une escouade de PDG qui ont chacun leurs agendas et leurs ambitions. Le second, c’est de découvrir que la violence des conseils d’administration n’a rien à envier à celle de la rue ou des prisons. 

Avec vingt albums parus à ce jour, la série des Largo Winch décrit l’insatiable appétit d’argent des puissants, l’ampleur des crimes commis au nom de ce même argent ou du pouvoir qui va avec, l’extrême difficulté à préserver des liens d’amitié et le perpétuel cycle de violence auquel il est impossible d’échapper quand on est la tête d’une pareille fortune. Tout l’intérêt du personnage est là, dans son effort pour préserver des valeurs humaines tout en étant contraint de livrer une guerre impitoyable. 

Scénarios superficiels

Sortis en 2008 et 2011, Largo Winch et Largo Winch II sont de franches déceptions, qui évacuent largement ces enjeux dramatiques. Certes, la trame du premier film est assez proche de celle du deuxième album, Le groupe W. Mais le scénario beaucoup trop superficiel ne ressemble finalement qu’à un prétexte pour des scènes d’actions de bonne facture. Tout le mécanisme de la trahison, du PDG qui joue son propre intérêt tout en affichant le masque de la respectabilité, des jeux de pouvoir autour de la table du conseil d’administration… tout cela disparaît. Quel dommage d’avoir donné un rôle aussi caricatural à une actrice de la classe de Kristin Scott Thomas, d’avoir réduit à pas grand-chose les autres PDG du groupe W et créé de toutes pièces un milliardaire russe juste bon à faire office de cliché.

Dans Largo Winch 2, c’est pas mieux : le rôle de Sharon Stone est aux limites du ridicule, Ulrich Tukur est une simple utilité (alors que dans les BD, son personnage de Dwight Cochrane a une place essentielle). Et surtout, le scénario commet un énorme contresens en montrant Largo Winch désireux de vendre son groupe. Car si, dans les BD, il ne comprend que petit à petit à quel point il a mis le pied dans la fosse aux serpents, il accepte le défi et ne renonce jamais à se battre.

Pas à la hauteur de leur sujet, les deux films ont tout de même un atout : Tomer Sisley. Parce qu’il n’est pas attendu dans un rôle comme ça, l’humoriste est parfaitement en phase avec le personnage : il doit démontrer sa légitimité. Et il joue le rôle avec une certaine aisance, ce qu’il faut de magnétisme. Mais à lui seul, il ne peut pas compenser le gâchis des scénarios. 

Largo Winch II : jeudi 8 décembre à 20.55 sur TMC

 


12345


DISNEY VINTAGE |
Cineskialpe |
mon-avis-sur-stars.unblog.fr |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Brandonpayetenglishblog
| Class journal: Hybrid and m...
| Vidéos arifts