Gros plan sur une scène culte

apocnow2Un escadron d’hélicoptères qui attaque un village vietnamien avec la Walkyrie de Richard Wagner à fond dans les hauts-parleurs : cette scène hyper spectaculaire est le moment emblématique de Apocalypse Now, le chef-d’oeuvre de Francis Ford Coppola sorti en 1979. Elle porte en elle tout le propos du film, mais aussi un soupçon d’ambiguïté.

Son premier effet est grisant. Des hélicoptères en vol, c’est toujours impressionnant. Tout un escadron, n’en parlons pas. Le chef de cette unité s’appelle le lieutenant-colonel Kilgore. Incarné par un Robert Duvall au meilleur de sa forme, il est un extraordinaire personnage de cinéma, avec sa dégaine (torse nu avec un chapeau mode guerre de Sécession) et ses répliques (il aime l’odeur du napalm le matin).

En regardant de plus près, il est vite évident que cette scène ne peut pas se lire au premier degré mais qu’en réalité, elle véhicule un point de vue très critique sur la guerre américaine au Vietnam. La fameuse unité d’hélicoptères est chargée de convoyer jusqu’à l’embouchure d’un fleuve un patrouilleur de l’US Navy, qui emmène le capitaine Willard (Martin Sheen) pour une mission secrète où il doit tuer le colonel Kurtz (Marlon Brando).

Etat de démence

Un simple convoyage, donc, qui impose que l’escadron de cavalerie aéroportée se rende maître du village pendant le temps nécessaire. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il y met les moyens. Attaque aérienne à grands coups de roquettes, mitraillage systématique de tout ce qui paraît constituer une menace… Les défenseurs armés du village sont vite réduits à l’impuissance, mais les habitants, eux, sont en première ligne et doivent trouver un goût amer à ce qui est censé être une guerre pour le monde libre.

Sur les plans de coupe, on voit le visage des soldats américains filmés dans un état de quasi démence. Et cette idée d’annoncer sa venue avec la Walkyrie de Wagner, c’est aussi une forme de démence et en même temps le summum de l’arrogance. Kilgore est un modèle d’officier pour l’état-major qui, pour le coup, n’est pas dérangé par ses méthodes expéditives. Dès lors, comme le dit Willard plus loin dans le scénario : « Je me demande ce que l’état-major reproche vraiment à Kurtz. Pas la folie et le meurtre car ça, il y en avait partout. »

Film antimilitariste

Grand moment sur la démence humaine, la scène des hélicoptères résume à elle seule tout le propos antimilitariste du film. Du point de vue de Coppola, la guerre du Vietnam est une odyssée sanglante d’une totale inutilité. Et le colonel Kurtz est l’expression extrême de cette dérive, un délire meurtrier clairement exprimé là où l’état-major américain n’assume pas ce qui relève pourtant du même délire.

S’il critique la guerre, Coppola appuie tout de même son propos… sur le spectacle fascinant qu’est la guerre. La scène des hélicoptères est celle qu’on a envie de mettre à pleins tubes sur son Home Cinéma. Le cinéaste s’est mis au bord de la ruine pour pouvoir terminer son film, il avait absolument besoin d’un succès commercial. Comme il l’a dit lors d’interviews, il a pensé le montage pour que Apocalypse Now soit bien perçu comme un film de guerre et d’action, alors qu’il avait déjà une portée philosophique, renforcée par la version longue « Redux » de 2001.

Ambigu ou pas, Apocalypse Now a largement contribué à rendre obsolètes les films de guerre traditionnels à la mode des années 50 à la fin des années 70. Et presque quarante ans après sa sortie, il garde toute sa puissance.

Apocalypse Now Redux : dimanche 17 septembre à 20.55 sur Arte

Suspension d’incrédulité

speedPour qu’on y prenne plaisir, un film doit-il obligatoirement être réaliste ? Sorti en 1994, Speed est une belle démonstration du contraire. Son pitch se fonde sur une idée impossible dans la réalité. Mais il est tellement bien emballé qu’on se fiche de savoir si c’est réaliste ou pas. C’est le contrat de base au cinéma : le temps d’un film, on met de côté sa rationalité et on profite du spectacle. C’est ce qu’on appelle la suspension d’incrédulité, aussi évoquée par le personnage de Sharon Stone dans Basic Instinct.

Dans Speed, donc, un bus se fait piéger par une bombe. S’il accélère au-dessus des 50 mph (soit 80 km/h), la bombe est armée. S’il ralentit au-dessous des 50 mph, la bombe explose. Simple. Sauf qu’il s’agit d’un bus des transports en commun de l’agglomération de Los Angeles. Rouler à 80 km/h avec des véhicules comme ça, c’est possible uniquement sur des voies rapides. Et là, le bus est en ville, négocie des virages serrés, manque de tomber sur le côté dans un de ces virages et, clou du show, saute par-dessus un pont inachevé. Autant de prouesses absolument inconcevables sans descendre sous les 80 km/h.

Enjeux dramatiques et morceaux de bravoure

Et pourtant, Speed est un pur concentré de suspense, qui tient en haleine jusqu’au bout. Pourquoi fonctionne-t-il aussi bien ? Parce qu’il commence par poser des enjeux dramatiques. Comme on peut le voir au tout début du film, le poseur de bombes (Dennis Hopper) connaît son affaire et sait anticiper la réaction des policiers, à commencer par celles de l’as athlétique joué par Keanu Reeves. C’est une des règles de base d’un bon scénario : si le « bad guy » est trop facile à coincer, l’histoire n’a aucun intérêt. Ensuite, Le bus piégé est rempli de passagers à sauver, à commencer par la jolie Sandra Bullock, qui jouait le rôle qui l’a révélée. Elle conduit le bus, ce qui fait en plus d’elle un jolie héroïne active, à qui on peut s’identifier, vu qu’elle n’est qu’une passagère au départ. Madame Tout-Le-Monde.

Après, la réalisation de Jan De Bont (chef opérateur jusque-là, ici aux commandes de son premier long-métrage) fait le reste. Speed a tout ce qu’il faut de morceaux de bravoure, des cascades bien réglées, des effets visuels qui tiennent la route et un rythme qui ne faiblit pas.

Avec tout ça, on a tous les éléments d’un bon spectacle et on oublie donc vite le fait que les acrobaties du bus sont pas réalistes du tout. Après, d’autres cinéastes sont capables de concilier réalisme et spectacle intense, comme Peter Weir dans Master and commander, James Cameron dans Titanic ou Paul Greengrass dans ses Jason Bourne. Mais la priorité, c’est bien la suspension d’incrédulité. Au fait, dans Star Wars, la vitesse lumière et l’hyperespace, ça existe pas. Mais on s’en fout. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si Luke Skywalker deviendra bien un Jedi et si la Rébellion réussira à vaincre l’Empire.

Speed : mardi 5 septembre à 2045 sur Ciné+ Frisson

En toute lucidité

220px-Last_action_hero_ver2Arnold Schwarzenegger a eu 70 ans le 30 juillet dernier. Et quoi qu’il arrive, il restera comme celui qui a réussi dans des domaines aussi différents que le culturisme, le cinéma et la politique. En tant qu’acteur, il a très vite compris qu’il devait être autre chose qu’une simple star de cinéma d’action. Réalisé en 1993 par le talentueux John McTiernan, Last Action Hero est le meilleur témoignage du regard lucide que Schwarzie porte sur son métier et son statut.

Il y incarne Jack Slater, un policier de Los Angeles, héros d’une série de films à succès, rejoint dans son univers cinématographique par un de ses fans, qui découvrait son nouveau film en avant-première. Un garçon de onze ans qui connaît parfaitement toutes les ficelles du cinéma de genre, et s’emploie aussitôt à montrer à son personnage préféré qu’il n’est qu’une création issue de l’imagination de scénaristes.

Obsolète

Avec ce film, John McTiernan annonce la fin d’une génération de héros d’action, celle des années 80, mais aussi celle d’un certain type de cinéma d’action, supplanté depuis par les blockbusters bourrés d’effets numériques. En jouant ce personnage, Schwarzenegger accepte l’idée que le héros qu’il a incarné depuis Conan Le Barbare puisse arriver au bout de son cycle. Belle preuve de clairvoyance de la part d’une star qui aurait pu s’accrocher à tout prix à son image indestructible.

Tout au long de sa carrière d’acteur, Schwarzenegger a su introduire une dose d’humour et d’autodérision dans ses rôles. Il a joué dans des comédies, comme Un flic à la maternelle. Même dans l’implacable Terminator 2 (1991), il reconnaissait à travers son personnage du T-800 qu’il est en passe de devenir obsolète. Et dans la série des Expendables, il revient, comme les autres héros d’action du cinéma des années 80 : Stallone, Dolph Lundgren, Jean-Claude Van Damme, Bruce Willis, Jet Li, etc. Mais il n’est pas là pour faire croire qu’il est resté le même que dans Commando ou dans Total Recall. Et même si ça fait plusieurs fois qu’il explique qu’il a fait son temps, on lui en veut pas. Comme il fait preuve d’une certaine dose d’humilité et qu’il choisit des rôles adaptés à son âge, il reste crédible. Et il peut revenir. 

Last Action Hero : jeudi 31 août à 20.45 sur TCM Cinéma

Docteur Luc and Mister Besson

Valérian-headerValerian et la Cité des Mille Planètes, c’est le dix-septième film réalisé par Luc Besson et surtout son meilleur depuis Arthur et les Minimoys en 2006. Une superproduction divertissante, visuellement réussie, qui propose un univers foisonnant. Mais ses résultats mitigés au box-office montrent aussi que le cinéaste peine à retrouver l’inspiration qui fut la sienne pendant plus de vingt ans. Soyons clairs : il s’agit ici de débattre du travail de Luc Besson réalisateur, et pas de celui du producteur qui, à mon sens, relève d’une toute autre démarche.

Avec Valerian, Luc Besson adapte les BD de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières : un univers qui le fascine visiblement. Cette sincérité, on ne la sentait plus dans ses films des dix dernières années. Jusqu’au milieu des années 2000, Besson était pourtant un véritable auteur. On appréciait ses films ou pas (en ce qui me concerne, j’étais fan et Nikita reste mon préféré aujourd’hui), mais il y démontrait un vrai goût pour l’imaginaire, un sens du merveilleux et une capacité à offrir de grands rôles à ses acteurs. Ce n’est pas pour rien que Jean Réno n’a jamais été aussi bon que dans les films de Luc Besson, que Jean-Marc Barr reste associé à son rôle de Jacques Mayol dans Le Grand Bleu (alors qu’il a une filmo pourtant conséquente), tout comme Milla Jovovich au Cinquième élément et à Jeanne d’Arc

Dépersonnalisation

Sorti en 2006, Arthur et les Minimoys portait encore en lui cette capacité d’émerveillement et le plaisir de l’évasion. Ses deux suites étaient beaucoup moins emballantes. Et après, Besson s’est mis à aligner des films franchement impersonnels, comme The Lady, qui ne tient que par l’impériale Michelle Yeoh, ou encore Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, qui s’oublie assez vite après avoir été vu. Lucy souffre d’un scénario auquel on ne croit pas du tout. Même la présence de Scarlett Johansson ne suffit pas à rendre le film mémorable : interrogez n’importe qui sur les rôles marquants de la star, il paraît peu plausible que Lucy arrive en tête de liste.

Vouloir expliquer cette dépersonnalisation des films de Besson par l’appât du gain, ou le fait que le cinéaste s’est élevé à un statut bien plus important (c’est pendant cette période qu’il a finalisé son remarquable projet de Cité du Cinéma), n’est pas un argument convaincant. Car il avait promis d’arrêter de réaliser après son dixième film (Arthur et les Minimoys, justement) et il aurait très bien pu se contenter de produire et écrire.

Renouveau amorcé

Avec Valerian et la Cité des Mille Planètes, on retrouve donc une partie du Luc Besson des débuts. Et si le film est une superproduction de près de 200 millions d’euros, ça ne l’empêche pas de proposer un vrai univers et le plaisir est communicatif. Après, le film n’a pas marché aux Etats-Unis (seulement 39 millions de dollars), pourtant fans du cinéaste. En France, il a rassemblé 3 millions de spectateurs : un bon score, mais pas non plus dément. Et il n’est pas du tout dit que le film rentrera dans ses frais sur son exploitation en salles. Au 20 août, il était à 140 millions de dollars en tout.

Pourquoi cette performance en demi-teinte ? Peut-être parce que les deux acteurs principaux, Dane DeHaan et Cara Delevingne, ne sortent finalement pas du lot. Sans doute aussi parce que l’intrigue du film a beau être sympathique et divertissante, elle ne dépasse pas le stade du récit d’aventures standard. Et de manière générale, les personnages à l’écran n’ont rien de mémorable. Et au final, on se surprend à penser que Le Cinquième Elément, réalisé par Besson vingt ans plus tôt, reste quand même supérieur. Mais comme Valerian permet tout de même de passer un bon moment, comme il marque un renouveau partiel du cinéaste, on veut bien miser sur les suites en projet, si, bien sûr, les résultats mitigés du premier opus ne les empêchent pas de voir le jour.

Valerian et la Cité des Mille Planètes : en salles depuis le 26 juillet

Sérieux, c’est pas du jeu

Patriot_promo_posterRoland Emmerich et Michael Bay, c’est un amusant parallèle. Tous deux sont des rois du pop-corn movie : des blockbusters tonitruants remplies de SDM (scènes de destruction massive) qui en mettent plein les yeux, et aussi les oreilles. Les personnages et la dramaturgie, ils ne s’en soucient qu’occasionnellement. Mais à un moment, chacun d’eux a voulu montrer qu’il savait faire autre chose, qu’il pouvait tenter un grand film « sérieux ». Et dans les deux cas, c’est un ratage si flagrant qu’on se dit tout de suite qu’il vaut mieux qu’ils restent avec leurs explosions et leurs fusillades parce que là, au moins, ils sont dans leur élément et peuvent faire preuve d’un certain talent. 

Réalisateur allemand émigré à Hollywood (comme beaucoup d’autres talents étrangers), Roland Emmerich est donc devenu un nom qui compte avec des films comme Stargate, la porte des étoiles, Independence Day et Godzilla (la version de 1998). Sorti en 2000, The Patriot, le chemin de la liberté était donc son occasion de changer de registre. Une grande fresque historique située au XVIIIe siècle, pendant la Guerre d’Indépendance américaine. Elle raconte comment un vétéran de la guerre de Sept Ans (Mel Gibson), vivant avec ses sept enfants en Caroline du Sud, décide de s’impliquer dans le conflit contre les Anglais, alors qu’il était pourtant contre toute forme d’action armée.

Ralenti caricatural

Car, bien sûr, ce revirement ne doit rien au hasard. Lors d’un vote à Charleston pour la levée d’une milice, le bonhomme s’était abstenu et avait bien dit que c’était une mauvaise idée que de faire la guerre. Oui mais voilà : les troupes anglaises (avec leurs fameux uniformes rouges) ont la mauvaise idée de passer par sa plantation… c’est plus commode pour le scénario. Le fils aîné (Heath Ledger) est déjà parti s’engager dans les rangs des indépendantistes américains. Revenu blessé, il est arrêté. Et le second fils, qui veut s’interposer, est tué par le colonel anglais (Jason Isaacs, qui joue quand même le rôle qui l’a révélé auprès du grand public). Alors, forcément, Mel Gibson va être très fâché qu’on lui ait enlevé l’un de ses fils et tué un autre. Donc, oh surprise, il va tout de suite prendre les armes. Mais comme il reste un papa prévenant, il s’inquiète pour les fils qui lui restent.

Sur le papier, la matière pour une grande saga épique était là. Mais il aurait fallu un scénario un peu moins prévisible (on a droit à tous les clichés). Il aurait fallu expliquer à Roland Emmerich que dans la grande bataille finale, quand Mel Gibson finit par remettre la main sur le colonel anglais, le plan au ralenti de lui se précipitant vers son ennemi, c’est caricatural au dernier degré. Quant aux couchers de soleil, c’est très beau. Mais à moins de s’appeler Terrence Malick (qui venait de tourner La ligne rouge), ça peut vite virer à la carte postale pas crédible. En fait, il aurait mieux fait de prendre exemple sur Michael Mann, qui, avec Le dernier des Mohicans, avait tiré une oeuvre sublime d’un sujet très proche.

Dans les pas de James Cameron

Sorti en 2000, The Patriot, le chemin de la liberté a été suivi un an après par le Pearl Harbor de Michael Bay. Là aussi, l’idée était de faire une grande fresque  façon Titanic. Côté action, le film fonctionne. Mais les acteurs sont transparents, le romanesque frise le ridicule et la vision de l’Histoire est au bord du grotesque tant elle plonge (involontairement) dans la caricature. 

Que Roland Emmerich et Michael Bay sachent tenir une caméra, c’est indéniable. Pour s’en convaincre, il suffit de voir Le Jour d’après (pour le premier) et la seconde partie de Transformers : la face cachée de la lune (pour le second). Mais marcher dans les pas de James Cameron, c’est vraiment pas une bonne idée pour eux.

The Patriot : le chemin de la liberté : mardi 18 juillet à 20.45 sur Ciné+ Premier

Le coup de théâtre accessoire

Sixième sensUne fin à tomber par terre, le meilleur coup de théâtre depuis Usual Suspects : lorsque Sixième sens est sorti en 1999, on n’a parlé que de ça. En fait, tout le film a même été résumé à ça. Certes, le dénouement était très bon. Mais le vrai intérêt de ce troisième long-métrage de M. Night Shyamalan était ailleurs : la réflexion approfondie sur l’enfance et ses peurs.

Car l’histoire de Sixième sens, c’est comment un psychologue (Bruce Willis, tout en sobriété) entame un long travail de patience pour réussir à faire parler un enfant (Haley Joel Osment, effectivement très doué) muré dans ses peurs. Ce qui donne de l’épaisseur au film, c’est le processus psychologique que traverse le personnage : la difficulté de parler à sa mère (Toni Collette, parfaite comme toujours), parce qu’il sait qu’elle ne pourra pas entendre son secret. L’incompréhension s’affiche sous nos yeux, le besoin de cet enfant de savoir à qui il peut faire confiance.

Lâcher le morceau

Et c’est précisément parce qu’il est méfiant que l’attitude du psychologue prend tout son intérêt. Pas facile de fendre une cuirasse comme celle-ci. Il ne suffit pas de dire à un jeune garçon solitaire « ne crains rien, parle-moi », pour qu’il accepte de se confier. La réalisation toute en finesse de M. Night Shyamalan amène en douceur la scène-clé, celle où l’enfant finit par lâcher le morceau. Il est d’autant plus touchant qu’il est confronté à ce qu’un enfant de son âge ne devrait jamais voir.

L’innocence perdue, le rapport à la mort, l’absence du père, l’amour d’une mère confrontée à sa propre incrédulité vis-à-vis de son fils : le scénario est riche. Et d’un bout à l’autre, c’est un pur film d’ambiance, un thriller qui flirte avec le fantastique

Alors, bien sûr, quand arrive le coup de théâtre final, le premier réflexe est évidemment d’être épaté. Il est d’autant mieux amené que des indices ont été savamment distillés tout au long du film. Mais ça reste uniquement une cerise sur le gâteau. Sixième sens a fait de M. Night Shyamalan un cinéaste de premier plan et aujourd’hui encore, c’est son meilleur film.

Sixième sens : mardi 13 juin à 22.30 sur Ciné+ Frisson

Les pirates ne désarment pas

SalazarCinquième opus d’une franchise qui n’a jamais lésiné sur les moyens, Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar remplit son contrat de blockbuster, même s’il n’est pas exempt de défauts.

Des plages de sable clair, de superbes navires, des images soignées, des effets spéciaux réussis, de l’action : le spectacle est au rendez-vous. Le budget pharaonique de 350 millions de dollars se voit à l’écran. Le film fonctionne tout de suite et divertit d’un bout à l’autre. Joachim Ronning et Espen Sandberg, les deux réalisateurs norvégiens de Bandidas, s’en tirent plutôt bien. 

Côté acteurs, Johnny Depp fait du Jack Sparrow, ce qui revient à dire qu’il est égal à lui-même, et parfois caricatural dans le registre alcoolisé. On apprécie davantage Javier Bardem, parfait en capitaine espagnol devenu fantôme mais pas déshumanisé pour autant. Si les jeunes (Brenton Thwaites et Kaya Scodelario) font ce que l’on attend d’eux, la bonne surprise vient d’Orlando Bloom, qui apparaît au début et à la fin du film. A 40 ans, l’acteur anglais est parfait dans son rôle de père et fait soudainement mesurer le chemin parcouru depuis 2003, année de sortie du premier film, La malédiction du Black Pearl.

Alors, certes, le scénario n’a rien de bien original et les personnages restent schématiques. La vengeance de Salazar n’a pas non plus le souffle de l’aventure (hérité d’un autre pirate, celui joué par Errol Flynn dans les années 30) de La malédiction du Black Pearl. Mais ce cinquième film est tout de même un cran au-dessus du précédent, le bien ennuyeux Fontaine de jouvence.  

Terreurs spatiales

Alien sagaAlors que Alien Covenant vient juste de sortir en salles, petit tour d’horizon de la célèbre saga inaugurée en 1979, qui a produit des grands films, mais aussi des accidents industriels et qui redémarre depuis 2012 avec un intérêt très discutable. Dans l’espace, tout le monde vous entendra crier, finalement.

Alien, le huitième passager (1979)

Le chef-d’oeuvre fondateur. Tout d’abord, le Xénomorphe, ce monstre stupéfiant né de l’imaginaire torturé de l’artiste suisse H.R. Giger (décédé en 2014). Une créature mystérieuse, majestueuse, d’autant plus effrayante que son cycle de reproduction est celui du parasite ultime. Le corps humain n’est plus qu’une coquille jetable. Hommes et femmes sont touchés indifféremment. Avec sa symbolique sexuelle prononcée, le monstre est profondément dérangeant. Et en plus, il est quasi invincible, à la fois par son capacité à se camoufler et par son sang acide. A l’époque, personne n’avait jamais rien vu de tel. Presque quarante ans plus tard, personne n’a su inventer quelque chose de comparable.

Si on ajoute les somptueux décors conçus par Ron Cobb et H.R. Giger, une équipe impériale de sept acteurs (Sigourney Weaver y joue le rôle qui l’a révélée), la musique envoûtante de Jerry Goldsmith et enfin la réalisation magistrale de Ridley Scott, on a tous les éléments du classique instantané. Le cinéaste britannique, dont c’était le deuxième film (après Duellistes en 1977) a su parfaitement jouer sur la lenteur, sur l’ambiance rustique du Nostromo (le cargo spatial où est situé le film) et sur la quasi invisibilité du monstre.

Aliens, le retour (1986)

Une suite d’une grande intelligence trop souvent assimilée à un simple déluge d’action, façon « Rambo femme chez les extraterrestres ». Car James Cameron, qui venait alors de tourner le premier Terminator, n’est pas du genre à se contenter à jouer au petit soldat. De l’action, il y en a effectivement beaucoup. Le cinéaste réussit à sortir de la lenteur du premier film sans pour autant dénaturer les monstres. Il invente au passage une figure mémorable, que H.R. Giger lui-même n’avait pas créée, celle de la reine alien.

James Cameron profite aussi de l’occasion pour élargir l’univers entrevu dans le premier film. Il en dit plus sur la toute-puissante multinationale du futur, la Weyland-Yutani, le véritable monstre de l’histoire déjà esquissé dans l’opus originel. Comme le dit Ripley : « Je ne sais pas quelle espèce est la pire. Eux, au moins, vous ne les voyez pas s’enc… pour un foutu pourcentage. »  Le cinéaste développe donc la dimension anticapitaliste de la saga. Et il glisse aussi une note sur l’inutilité des interventions militaires : même surentraînés, les Marines ne peuvent rien face à des monstres qu’ils ne connaissent pas.

Mais ce que James Cameron réussit surtout, c’est de faire d’Ellen Ripley une héroïne moderne. Aliens, le retour a tout d’une oeuvre féministe. Même quand ils sont efficaces et compétents (comme Hicks), les hommes échouent. Le salut vient des femmes.

Alien 3 (1992)

L’oeuvre maudite, née dans la douleur, reniée par son réalisateur David Fincher, dont c’était le premier long-métrage. Les raisons sont connues : la pression imposée par la 20th Century Fox, qui a poussé Fincher à claquer la porte à la fin du tournage. Malgré toutes ces vicissitudes, Alien 3 est un film somptueux, d’une noirceur absolue, qui pousse jusqu’au bout le concept nihiliste de la saga. S’il est bien un endroit où l’idée du capitalisme tout-puissant, désireux de récupérer les aliens pour en faire des armes, prend tout son sens, c’est bien dans cette prison isolée. Magnifiquement réalisé et interprété, ce troisième opus est un requiem douloureux mais émouvant.

Alien, la résurrection (1997)

Ripley étant morte à la fin du 3, ce quatrième film avait tout du projet casse-gueule. Sa première réussite, c’est d’avoir un scénario crédible (signé Joss Whedon), qui permet de faire évoluer le sujet de manière cohérente, tout en convoquant de manière intéressante le mythe de Frankenstein. La Weyland-Yutani n’est plus, mais des scientifiques profitent d’une occasion donnée par le clonage pour recréer les aliens (et, accessoirement, Ripley). Mais comme toujours, le processus qu’ils pensent maîtriser leur échappe. Remplacer le pouvoir de l’argent par celui des apprentis-sorciers, l’idée se tient. Appelé par la 20h Century Fox pour réaliser ce quatrième film, Jean-Pierre Jeunet s’en tire avec les honneurs.

Alien vs Predator (2004)

Adapter le jeu vidéo à succès, c’était forcément tentant pour la 20h Century Fox. Vouloir intégrer le récit dans l’ensemble de la mythologie Alien, l’idée pouvait fonctionner. Mais confier la réalisation à Paul W.S. Anderson (aux commandes de Mortal Kombat et Resident Evil), c’était beaucoup moins judicieux. Car tout intérêt que pouvait avoir le scénario passe à la trappe dès que commencent les combats. Des scènes d’un tel ridicule qu’elles en torpillent deux monstres mythiques du cinéma contemporain.

Aliens vs Predator : Requiem (2007)

Malgré l’avalanche de critiques qu’il a essuyées, Alien vs Predator a quand même été un succès. Du coup, la 20h Century Fox a remis le couvert, avec cette suite signée par les frères Colin et Greg Strause. Elle évite le ridicule absolu mais n’est pas satisfaisante pour autant. Car aussi bien l’Alien que le Predator perdent toute aura et sont réduits à des bestioles très ordinaires de série B. Seule (petite) satisfaction : la présence de Reiko Aylesworth, vue dans 24 heures chrono.

Prometheus (2012)

Le retour de Ridley Scott. Un projet très ambitieux qui retourne aux origines de la saga, bien avant les événements du Alien de 1979. Sur le papier, la démarche est séduisante. Le scénario ouvre des horizons nouveaux à la mythologie Alien et l’élargit considérablement. Les Xénormorphes ne seraient donc qu’un maillon dans une chaîne beaucoup plus ancienne et les vrais démiurges ne sont pas ceux que l’on croit. Mais avec Damon Lindelof (un des auteurs de Lost) au scénario, tout ce potentiel est tué dans l’oeuf. Car l’homme est le grand spécialiste des mystères soulevés en pagaille et laissés en suspens. L’intrigue de Prometheus vire donc à l’embrouillamini confus, pas du tout à la hauteur de ses prétentions. Certes, les acteurs sont bons (Michael Fassbender surtout) et la réalisation est belle. Mais on ne peut que se demander pourquoi Ridley Scott s’est montré aussi peu exigeant avec le scénario.

Alien Covenant (2017)

Cette fois, plus de prétentions métaphysiques élevées. Un scénario simple qui reprend la trame du Alien de 1979. En fait, trop simple. Car tout ce qui faisait la spécificité du Xénomorphe (majesté, lenteur, invincibilité) est évacué au profit de raccourcis dommageables. Le monstre sera-t-il aussi effrayant si son fonctionnement est simplifié à ce point-là ? Le film raconte l’origine des Xénormorphes, mais l’explication est frustrante car trop courte et pas à la hauteur de créatures aussi imposantes (« j’admire sa pureté », disait l’androïde Ash dans le premier film). Le personnage de l’androïde David est fascinant, mais sous-exploité. Là encore, la réalisation est belle, mais Ridley Scott a l’air toujours aussi peu regardant sur la qualité des scénarios qui lui sont donnés. Et ce faisant, il fait prendre conscience que remonter aux origines des créatures imaginées par H.R. Giger n’est finalement pas une si bonne idée que ça. Car leur aura est beaucoup liée à leur mystère.

Alien Covenant : actuellement en salles. Saga Alien : actuellement sur Ciné+ Frisson.

L’expiation de Mel Gibson

passion Tourné en araméen et en latin, très proche des textes de l’Evangile, La Passion du Christ est une reconstitution historique impressionnante. Mais ce troisième film de Mel Gibson derrière la caméra dérange par la manière dont il dépeint la souffrance physique.

Sorti en 2004, le film est fidèle à son titre : il suit en effet les dernières heures de la vie du Christ (incarné par Jim Caviezel), depuis la trahison de Judas jusqu’à la crucifixion et sa résurrection. Tous les passages attendus y sont : l’arrestation par les Romains, la condamnation par Ponce Pilate, la flagellation, le chemin de croix… Les langues anciennes sont ressuscitées avec soin. Mel Gibson savait qu’il ne pouvait pas se contenter de tourner le film en anglais.

Interminable flagellation

Le souci, c’est la scène de la flagellation. Bien plus longue que dans les Evangiles, elle s’attarde à outrance sur la souffrance physique. On voit les bouts de chair emportés par le fouet ou le sang laissé par la couronne d’épines sur la tête. Du coup, on repense à la scène de torture dans Braveheart, elle aussi assez longue (même si moins violente) : elle était filmée comme si William Wallace devait expier quelque chose par la souffrance. Et dans La Passion du Christ, cette interminable flagellation apparaît aussi comme un passage obligé. 

En fait, c’est comme si Mel Gibson, fervent catholique, concevait la souffrance comme nécessaire. Un point de vue sur lequel il est revenu dans son récent Tu ne tueras point où, cette fois, un homme veut tellement s’affranchir d’une violence héréditaire qu’il la brave et choisit de sauver ses semblables plutôt que de perpétuer cette violence.

La Passion du Christ : actuellement sur OCS Max

L’armure fêlée

American SniperAmerican Sniper, c’est l’histoire vraie d’un tireur d’élite américain en Irak, surnommé « La légende ». Avec un sujet pareil, il est tentant de croire que le film est une ode à la gloire des soldats de l’Oncle Sam, façon super-héros indestructibles : un modèle dont Hollywood raffole. Mais Clint Eastwood est un cinéaste beaucoup trop subtil pour se laisser aller à ce genre de clichés.

Incarné par un remarquable Bradley Cooper, le personnage a donc existé dans la vraie vie. Il s’appelait Chris Kyle, il faisait partie des Navy Seals (le commando d’élite de l’US Navy), il a 160 morts reconnus pendant la guerre d’Irak et il a été assassiné à 39 ans par un ancien Marine souffrant du syndrome de stress post-traumatique. Bref, le héros de propagande parfait, croyant, et pas du genre à avoir des états d’âme.

En le filmant, Clint Eastwood a respecté tous ces traits du personnage. S’il s’était arrêté là, il aurait été dans la droite ligne du caricatural Nous étions soldats ou même de John Wayne lorsqu’il réalisait Les Bérets verts. Mais Eastwood montre son personnage dans la durée, en Irak mais aussi de retour chez lui. Il gratte l’armure du super-soldat et finit par faire apparaître ses fêlures.

Ce soldat n’était pas programmé pour défaillir

Dans une scène-clé où il se confie à un psy, l’homme récite son credo. Il assume ses actions, il est fier du rôle qu’il a joué. Mais Eastwood le filme de telle façon qu’on se rend compte qu’en réalité, Chris Kyle dit tout cela avant tout pour se justifier vis-à-vis de lui-même, et pour ne pas avoir à admettre que la guerre a laissé des traces sur lui, et que lui aussi peut souffrir du syndrome post-traumatique. Ce soldat-là n’était pas programmé pour défaillir, et constater que ça lui arrive quand même est douloureux.

Si concentré qu’il soit sur son personnage, Eastwood n’en profite pas moins pour se montrer critique sur la présence américaine en Irak, sur l’inutilité d’une guerre dont les morts sont relevés sans cesse. Point d’orgue de l’action, le duel entre Chris Kyle et un tireur d’élite irakien apparaît comme un acte d’une immense futilité.

Après, on pourra tout de même s’interroger sur le sens de la scène finale, qui montre les obsèques du vrai Chris Kyle. Avec ces images, Eastwood a l’air de restaurer d’un coup la légende (ou plutôt le mythe national) qu’il avait si patiemment démontée. Mais ce qui restera de toute façon, c’est son point de vue nuancé, certes très américain, mais tout sauf un manifeste façon Chuck Norris.

American Sniper : actuellement sur Ciné+ Premier 


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